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Épisode n°3 : du procès à la guillotine. Xavier d’Izarn de Freissinet de Valady ou le destin tragique d’un député de la Convention nationale

Histoire. La saga de Pascal Cazottes sur Xavier d’Izarn de Freissinet de Valady se poursuit par le procès qui, comme on pouvait s’y attendre, se déroule très rapidement et s’acheve par une condamnation de notre personnage à la peine de mort, sentence qui fut exécutée dès le lendemain matin.

Épisode n°3 : du procès à la guillotine. Xavier d’Izarn de Freissinet de Valady ou le destin tragique d’un député de la Convention nationale
Le représentant du peuple et la guillotine.

Épisode n°3 : du procès à la guillotine

Après que sa véritable identité eût été révélée, Xavier d’Izarn de Freissinet de Valady fit le récit de sa cavale lors de son interrogatoire mené par le Comité de Surveillance de Périgueux. Reconnu comme “hors la loi”, il fut immédiatement incarcéré et comparut, le 5 décembre 1793, devant le Tribunal criminel de la Dordogne.

Une décision de justice sans surprise

Prié de décliner ses nom et qualités devant les juges, Valady déclara notamment être âgé de 27 ans et 3 mois, avoir été officier dans le régiment des gardes françaises et être député de la Convention nationale. À noter que son identité fut confirmée par deux témoins (appelés à la barre par l’accusateur public) : le représentant du peuple Roux-Fazillac et l’administrateur du département de la Dordogne Joseph Dumoulin.

Puis Xavier d’Izarn de Freissinet de Valady fut invité à parler pour sa propre défense. Son talent d’orateur, associé à sa gentillesse naturelle, ne manqua pas d’attendrir son auditoire, même si, comme nous le verrons plus loin, cela ne changea rien à la décision du tribunal qui semblait avoir été prise d’avance.

Pour revenir un instant sur le don d’éloquence de Valady, rappelons, ci-après, ces mots de l’ancien député Aubert qui fit mention de cette aptitude exceptionnelle dans son ouvrage intitulé “Souvenirs d’un Girondin” : «Parmi ses talents (ceux de Valady – NdlA), celui qui le signalait le plus éminemment aux contemporains qui ont pu l’entendre, c’est le prodige et la magie réelle de sa parole. On ne peut s’en faire une idée… Jamais nous n’avons éprouvé l’enchantement, l’étonnement qu’il nous causait. C’était réellement un don divin. Lorsqu’il improvisait, et l’entraînement de ses émotions l’y invitait fréquemment, les idées, les faits, les images revêtues de l’élocution la plus magnifique à la fois et la plus élégante, pouvaient se produire avec une grande volubilité… Bernardin de Saint-Pierre qui l’aimait beaucoup, après l’avoir écouté, un jour, en notre présence, s’écria : Vous êtes un homme du temps d’Orphée ! Vous êtes Orphée lui-même ressuscité pour entraîner les hommes par le charme de la parole !...». Cette parenthèse refermée, c’est sans surprise que nous découvrons le jugement rendu par le Tribunal criminel de la Dordogne, lequel, après avoir rappelé les décrets de la Convention déclarant Valady traître à la patrie, condamna ce dernier à la peine de mort, la sentence devant être exécutée dans les vingt-quatre heures. Toutefois, une ultime faveur fut accordée à Valady, celle de pouvoir écrire à sa famille.

Le courrier à son père

Xavier d’Izarn de Freissinet de Valady mit donc à profit la nuit précédant son exécution pour rédiger deux lettres : l’une destinée à Mlle de Jurquet, sa tante, et l’autre adressée à son père, Louis Joseph Charles Philippe d’Izarn de Freissinet chevalier comte de Valady. C’est d’ailleurs par cette dernière qu’il commença, sans doute pressé de se réconcilier avec ce père qui s’était montré trop souvent absent (il ne le vit qu’à de rares occasions), en plus d’être d’un tempérament ombrageux, autoritaire et orgueilleux.

Voici donc quelques extraits de la lettre en question, datée à Périgueux du 5 décembre 1793 : «J’ai vécu longtemps en mauvaise intelligence avec vous. J’ai résisté à vos désirs et à vos prières. J’ai refusé de bien vivre avec l’épouse que vous m’aviez donnée et je vous ai reproché de n’avoir pas attendu que j’en prisse une de mon choix. J’ai fait son malheur par un abandon qui l’a précipitée dans l’émigration et qui vous a privé de ceux qui auraient consolé votre âge. Je me repens de toutes ces fautes et je vous prie de me pardonner celles qui sont contre vous et de ne vous souvenir de votre fils qu’avec indulgence et amitié… Adieu mon père. Vivez et mourez comme feue ma pauvre mère ; puissiez-vous être aimé du peuple comme la justice de votre cœur vous en a toujours rendu digne. Que votre patience à souffrir la détention (le père de Valady était alors détenu à la citadelle de Montpellier – NdlA) serve à témoigner votre civisme. Priez Dieu pour moi et si mon grand-père vient à manquer unissez-vous avec ma tante de Jurquet pour vous consoler réciproquement, pour vaquer à l’éducation de mes neveux (les enfants de sa sœur de Freissinet – La Guépie NdlA), pour vous entretenir journellement de ma mère et de moi et profiter, par un secours mutuel de conseils et d’exemples, de la leçon salutaire de l’infortune… Adieu pour le temps. Votre fils : Xavier».

L’exécution

Alors que Valady employait ses dernières heures à rédiger sa correspondance, le représentant du peuple Roux-Fazillac excitait les membres du club des Jacobins de Périgueux de manière à renforcer leurs sentiments républicains et à chasser de leur cœur tout attendrissement sur le sort du condamné à mort.

Aussi, lorsque l’on procéda, le 6 décembre 1793, à 10 heures du matin, à l’exécution de Valady sur la place de la Clautre, la foule, entraînée par quelques jacobins, cria «Vive la République» à plusieurs reprises. Mais attardons-nous un instant sur cette exécution dont la nature même a été source d’informations contradictoires.

De fait, certains auteurs, et peut-être les plus nombreux, ont prétendu que Valady avait été fusillé, et non pas guillotiné, suite à sa demande de mourir de la mort qui frappe généralement les soldats (très souvent tués par des armes à feu), privilège qu’il aurait obtenu en tant qu’ancien officier. Du reste, dans le dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 nous pouvons lire que notre personnage «demanda pour toute grâce de mourir de la mort des braves ; il fut fusillé le même jour». Mais tout ceci n’est que pure invention, car Valady, ainsi que nous allons le voir, fut bel et bien guillotiné. Pour preuves, nous avons, tout d’abord, le jugement condamnant Xavier de Valady à la peine de mort, jugement dans lequel il est notamment mentionné que notre personnage «sera livré à l’exécuteur des jugements criminels pour lui faire subir la peine de mort… sur la place publique de la Clautre». D’ailleurs, c’est ce même exécuteur des jugements criminels (ou bourreau), du nom de Pierre Pradal, qui viendra déclarer à la mairie de Périgueux, le 4 nivôse de l’an II (24 décembre 1793), le décès de Valady survenu le 16 frimaire de l’an II (6 décembre 1793) à 10 heures du matin.

Le bourreau Pierre Pradal sera également vu, sous la Restauration, se promener dans les rues de Périgueux, les dimanches et jours de fête, vêtu avec les habits ayant appartenu au marquis de Valady, puisqu’il était d’usage que le bourreau conservât les effets portés par ses victimes. Enfin, nous avons cette lettre du Comité de Surveillance de Périgueux, en date du 7 décembre 1793 et adressée à son homologue de Rodez, qui ne laisse aucun doute quant à la façon dont mourut Valady : «Le Comité de surveillance établi à Périgueux par les Représentants du Peuple, ayant fait faire la recherche des membres de la Convention mis hors la loi et qui nous avaient été dénoncés comme habitant les bois de ce département, nos recherches nous ont fait attraper Xavier Yzarn-Valady qui a été guillotiné… Avant d’être raccourci, il nous a fait parvenir la lettre ci-jointe (la lettre destinée à Mlle de Jurquet – NdlA) ; nous vous l’adressons pour la faire parvenir à son adresse, s’il n’y a pas d’inconvénient».

Ainsi, le couperet de la guillotine mit fin aux jours d’un homme de grande valeur, épris de liberté et de justice, mais qui eut le tort de vouloir s’opposer à la folie révolutionnaire…

Pascal Cazottes

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