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Reportage. Les archéologues à la recherche des secrets de la préhistoire à Roquemissou

Une lamelle d’obsidienne a été découverte sur la commune de Montrozier, le lundi 11 juillet, par l’équipe du chercheur Thomas Perrin. Une trouvaille exceptionnelle qui récompense dix ans d’investigation sur le site. La preuve par la pierre, de la rencontre entre les hommes du mésolithique et du néolithique en Aveyron qui clôture quatre semaines de fouille.

Reportage. Les archéologues à la recherche des secrets de la préhistoire à Roquemissou
La lamelle d’obsidienne découverte sur le site.

Le grondement sourd de l’aspirateur s’échappe dans un cri caverneux. Accroupie au milieu du chaos rocheux, une bénévole passe avec rigueur le tuyau engloutissant quelques grammes de poussière. Le site doit être nettoyé pour mieux révéler ses richesses. L’entrechoquement métallique des truelles répond au clapotis de l’Aveyron.

Ce mercredi 20 juillet est le dernier jour de prospection pour l’équipe de Thomas Perrin à Roquemissou. La douzaine de volontaires, principalement des étudiants en archéologie s’affairent aux différentes tâches. Les mains balayent, récoltent, remplissent des récipients à la recherche de traces fugaces. Tous connaissent leur partition. Pourtant, pour la plupart d’entre eux, c’est leur première campagne. «Ils candidatent sur le site du ministère de la Culture qui chaque année met en ligne tous les sites de fouille», explique Thomas Perrin, chercheur au CNRS.

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Pendant quatre semaines, ils vivent en communauté au rythme du chantier. Début à 8h pour une fin vers 17h30. Une mission aux sons des différents accents français, mais aussi aux résonances britanniques avec des étudiants étrangers. L’objectif ? Comprendre les interactions entre les chasseurs-cueilleurs du mésolithique et les agriculteurs du néolithique.

Une découverte mondiale

Lors de cette campagne, les archéologues ont réussi à arracher aux entrailles de la terre, un indice sur cette cohabitation. Une lamelle d’obsidienne. «Au début, je croyais que c’était une blague. C’est très surprenant», se rappelle Thomas. L’obsidienne est une roche volcanique naturellement présente en Sardaigne ou en Italie du Sud, mais absente des contrées françaises.

Cette pierre a forcément été importée. C’est une trace unique. La preuve d’un contact précoce entre les chasseurs-cueilleurs de Roquemissou et les agriculteurs venus du Proche-Orient, installés sur les rives de la Méditerranée. Dès lors les questions se bousculent. Comment ces deux cultures ont-elles cohabité ? Le travail des archéologiques et leurs techniques de fouilles tentent de répondre à ces interrogations.

Un village et de nombreux foyers

Sous une immense toile blanche, coincés entre la paroi rocailleuse et la rivière, les bénévoles épluchent le millefeuille de sédiment qui conserve jalousement les secrets de l’humanité. Une recherche sur plus de 60 mètres carrés et 1,50 mètre de profondeur. L’excavation du site commence en 2012. Il faut briser les rochers à la masse ou au marteau-piqueur pour atteindre la strate convoitée.

Ici, l’objectif est à -6000 ans avant J-C. Chaque couche de terre est le témoignage d’une époque. Comment les repérer ? L’expérience. «Leur couleur ou leur composition représente une période. Par exemple on observe une terre plus rouge qui est due à des traces de feu et le gris c’est de la cendre», explique Thomas. Pour des yeux profanes, difficile de voir la différence.

Une fois dans ce théâtre de pierre et de poussière, il faut marcher sur le roc pour éviter de détruire le moindre élément. Des touillettes à café blanches se dressent vers le ciel. Une marque. Celle de personnes vivant il y a plus de 8000 ans. Enfin, plus précisément, leurs détritus. «L’archéologie consiste à fouiller des poubelles. Des restes d’animaux, des outils cassés c’est pas forcément très impressionnant, mais ça permet de reconstituer le contexte d’habitation», expose le chercheur.

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L’année dernière, l’équipe de Thomas a fait une découverte spectaculaire. Des ossements humains retrouvés dans une cavité. «C’est exceptionnel, car on ne connaît pas les rituels funéraires des hommes du mésolithique dans le sud de la France. Ils ne semblaient pas les enterrer ou les incinérer. C’est un véritable mystère».

La tiédeur de ce début d’après-midi n’effraie pas les curieux. Le chantier, situé sur un terrain communal, propriété de la mairie de Gages, longe un chemin de grande randonnée. Parfois, des groupes s’arrêtent. Ils avancent avec précaution. «On peut jeter un coup d’œil ?», s’interroge un promeneur. Thomas laisse circuler les visiteurs sur le site. Le seul interdit. Ne pas franchir les rubans rouges et blancs.

Tamisage et outils de géomesure

Le climat sec favorise les chercheurs. Ici, pas besoin de se presser. «Ce n’est pas des fouilles préventives qui sont menées avant de construire un bâtiment. On peut prendre le temps de creuser», informe le responsable du site. Les sédiments sont soigneusement ramassés. Le ballet des seaux rythme le chantier. Un simple tas de terre. Pourtant, à l’intérieur, des trésors de connaissance sont conservés depuis des millénaires. Première étape, le tamisage à sec. Accrochée à une armature métallique en forme de tipi, une étudiante secoue énergiquement le tamis pour faire un premier tri.

À côté, les rochers s’entrechoquent dans le fracas des flots. Facilité par l’eau, ce deuxième tamisage est plus précis. «Les mailles peuvent être resserrées jusqu’à 300 microns pour traquer des graines ou des microcharbons». Ensuite tout est réparti dans des barquettes. Cet amas minéral est exploré à la pince pour repérer les fragments convoités. À l’opposé, des chiffres fusent dans les airs. Sur l’autre zone de fouille, deux étudiants prennent les mesures. Les outils de géomesure et l’informatique facilitent la rédaction des rapports et la reconstitution des sites de fouille. Tout doit être répertorié, positionner et noter.

Les trouvailles sont ensuite acheminées dans des salles de travail au musée départemental de Montrozier. Thomas a coutume de dire qu’une «journée de fouille équivaut à trois ou quatre jours de travail en laboratoire». Actuellement, c’est Isabelle Carrère qui s’occupe des découvertes. Elles sont d’abord séchées sur du papier journal dans des cagettes.

Puis, sur chaque élement est inscrit «un numéro à l’ancre de Chine pour les répertorier», précise l’archéozoologue. Les objets sont ensuite séparés en spécialités : carpologie (graines), anthropologie ou zoologie (os humain ou animal), anthracologie (charbon de bois) et lithique (pierre). Ils ne chuchoteront leurs secrets qu’à des experts sous les lentilles de leurs microscopes. Ceux de la lamelle d’obsidienne sont étudiés à Bordeaux.

Avec le départ de Thomas Perrin, le chantier est recouvert de Bidim. Une bâche solide pour protéger le site des intempéries en attendant la prochaine campagne de fouille. Mais, pour faire vivre les fouilles toute l’année, l’espace archéologique de Montrozier a créé une exposition pour découvrir ce site aux 9000 ans d’occupations dont la plupart des trouvailles sont présentées dans ses vitrines.

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