Sous le pont de l’A75 ce samedi 13 décembre, après deux jours de blocage, la tension est palpable mais le discours structuré. Éloi Nespoulous, président de la Coordination rurale de l’Aveyron et d’Occitanie, rappelle que la mobilisation vise à proposer une alternative «crédible et responsable» à l’abattage systématique. «On est prêts à perdre des vaches, comme on l’a déjà fait avec d’autres maladies, mais pas à perdre l’héritage familial et toute la génétique de nos troupeaux», insiste-t-il, évoquant les races emblématiques du territoire, de l’Aubrac à la Limousine ou à la Charolaise.
Le protocole défendu repose sur l’abattage ciblé des animaux PCR positifs, une surveillance renforcée des cheptels, la maîtrise des vecteurs et une vaccination raisonnée des troupeaux souches afin de préserver l’export. Les éleveurs dénoncent par ailleurs des indemnisations insuffisantes et une reconstruction des troupeaux irréaliste en six mois. À travers des témoignages poignants, ils ont rappelé que derrière chaque décision sanitaire se jouent des vies familiales, professionnelles et humaines.
L’appel des élus à l’apaisement et à une solution collective
Face aux éleveurs, les élus ont reconnu la gravité de la situation. Arnaud Viala, président du Département, a souligné la détresse exprimée sur le terrain et pointé une gestion politique défaillante de la crise. «Je ne suis pas scientifique et je ne prétends pas dire ce qu’il faut faire, mais la gestion de cette crise est désastreuse. Il aurait fallu venir écouter plus tôt», a-t-il déclaré, appelant à rétablir le dialogue avant qu’un drame ne survienne.
Le président du Département a également insisté sur la nécessité d’anticiper, avant même l’apparition d’un foyer en Aveyron. «Si on attend d’être face à l’obstacle, on n’y arrivera pas», a-t-il prévenu, plaidant pour l’émergence rapide d’une position aveyronnaise partagée par les responsables agricoles, les élus de tous bords et appuyée par des scientifiques reconnus. Une démarche qui, selon lui, permettrait de peser auprès de la ministre de l’Agriculture et du gouvernement.
Le sénateur Alain Marc a, de son côté, alerté sur les conséquences économiques, sociales et écologiques à long terme de l’abattage massif, évoquant la déprise agricole et l’abandon progressif des territoires ruraux. Tous ont assuré les éleveurs de leur présence à leurs côtés et de leur volonté d’agir comme relais auprès de l’État.
Sur l’A75, la mobilisation reste déterminée. Les éleveurs le répètent : ils demandent à être écoutés, pas à s’affronter. Faute de réponse, préviennent-ils, la colère du monde rural continuera de monter.
Éloïse Bonnin
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