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Covid-19. Confinement : La vie quotidienne les premiers jours

Après l'annonce faite lundi 16 mars par le président Macron et le ministre de l'Intérieur de mises en place de restrictions de circulation pour la population, la vie quotidienne dans ce confinement sans précédent s'est organisée. Pour ceux qui restent chez eux, en situation de chômage ou de télétravail, et/ou pour s'occuper de leurs enfants, les écoles étant fermées depuis la veille. Mais également pour ceux qui continuent d'aller travailler, car ils ne peuvent exercer leur métier à distance et parce que leur profession ou leur fonction est indispensable ou importante à la continuité de la vie du Pays.

Covid-19. Confinement : La vie quotidienne les premiers jours
Eco Frais, rue Droite, lundi 23 mars 2020.

Mardi 17 mars, jusqu'à midi, heure de mise en œuvre des nouvelles mesures, ce fut le branle-bas de combat. A côté de nos bureaux, à la station-service d'Inter Distribution, c'est la queue. Il y a autant de voitures dans la rue qu'un jour de marché. Mais dès l'après-midi, une chape de plomb semble être tombée sur le Pays. Néanmoins, nous sommes nombreux à travailler. La première question à régler pour la plupart, c'est la circulation : l'autorisation pour motif professionnel n'a pas été mise en ligne en même temps que la dérogation de sortie pour aller faire ses courses ou sortir prendre l'air. Mais la plupart des employeurs avaient déjà fait des attestations pour leurs salariés.

Car nous sommes nombreux à continuer hors télétravail : les personnels de santé, bien entendu, en hôpitaux ou en cabinets, ainsi que les enseignants mobilisés pour leurs enfants, les personnels d'établissements tels que les MAS, EHPAD, les pharmaciens, les aides à domicile, les patrons et employés de magasins d'alimentation, boucheries, boulangeries, maisons de la Presse, tabacs, les employés de la poste, des banques, les agriculteurs, les artisans du bâtiment, les garages automobiles, les fournisseurs d'informatique, etc.

Dès l'annonce le samedi précédent de la fermeture «des commerces non essentiels», nous avions pris les devants au Bulletin pour relayer les infos des restaurants qui assureraient un service à emporter. Car il fallait bien continuer de manger.

À l'ADMR, on cherche des masques pour les salariées, et Rodolphe Viaud donne des fleurs aux résidents de la Maison de Retraite de Saint-Côme, qui ne reçoit plus de public.

En fin de journée, la gendarmerie de l'Aveyron diffusait des images de contrôles, notamment à Espalion, qui se voulaient d'abord pédagogiques, les autorisations de déplacement n'ayant pas toujours été bien comprises, ou n'étant pas forcément claires.

Mercredi, d'autres initiatives se mettaient en place : afin de fournir les formulaires de “déplacement dérogatoire” — dont on a vite compris qu'il fallait en remplir un par sortie — aux personnes n'ayant pas internet ou pas d'imprimante, des particuliers, mairies et entreprises en ont mis à disposition chez les commerçants de proximité. À Espalion, plusieurs commerçants de bouche ont mis en place des services de commande et parfois de livraison ou de retrait sans contact. Ce fut le cas au Bio d'Olt en association avec la boucherie Normand-Forestier, de Samuel au 8 à Huit, ainsi que de producteurs comme la Fenadou au Cayrol ou encore les maraîchers de Flaujac et de Saint-Côme. Tous les bouchers et charcutiers ont maintenu leurs horaires, parfois réduits d'une heure en soirée, Thierry M. continue de livrer tout seul «ses petits vieux» comme il dit avec affection. Nous ne pouvons citer ici tout le monde, mais si vous nous envoyez vos infos par mail, nous nous efforcerons de parler de vous dans notre prochaine édition (par mail uniquement).

Néanmoins, la plupart de vos commerçants habituels vous renseigneront par téléphone, voire prendront vos commandes.
Dans la même journée, le marché d'Espalion est annoncé comme maintenu pour le vendredi, puis finalement annulé. Celui du dimanche à Saint-Côme également.

À Espalion, La Maison du Sport propose depuis le lundi des séances d'exercice physique sur Facebook et YouTube, ainsi que des petits challenges à faire à la maison pour ses adhérents.

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Le mercredi toujours, en fin de journée, la gendarmerie annonçait les premières contraventions pour défaut ou non coformité d'attestation de déplacement. Pendant ce temps-là, on découvrait que de nombreux Français désertaient les centres urbains pour se réfugier à la campagne ou sur le littoral, provoquant parfois la colère des “locaux”, sans que l'on sache si le gouvernement avait réellement essayer d'enrayer cet exode. Toutes sortes de rumeurs circulent sur l'interdiction (ou non) de se déplacer à vélo, sur la distance à respecter lorqu'on sort s'aérer ou promener son chien.

Jeudi 19 mars, de plus en plus d'entreprises avaient mis en place un système de télétravail ou avaient cessé leur activité, et la plupart des artisans avaient mis leurs employés en chômage technique, continuant seuls les chantiers en cours. L'ARS annonce un premier décès dû au Covid-19 en Aveyron à l'hôpital de Rodez, c'était un octogénaire d'Espalion, qui souffrait par ailleurs d'autres pathologies cardio-vasculaires. Néanmoins, même si la zone n'est pas touchée outre mesure, les “records” atteints par l'épidémie en Italie, associés à cette situation de confinement inédit, engendrent une angoisse et des réactions excessives sur les réseaux sociaux, quand ce ne sont pas des élus qui surréagissent, également sur les réseaux sociaux.
On a le sentiment que certaines images prises ailleurs dans les villes rejaillissent sur nous : la préfecture de l'Aveyron interdit les parcs, jardins publics, plages, abords des lacs et rivières Lot, Tarn et Aveyron, puis dans la foulée de la Truyère. On entend de plus en plus le chant des oiseaux.

Dans les maisons, on s'adapte à l'ENT (Environnement Numérique de Travail) des enfants : pour ceux qui l'utilisaient déjà, c'est souple, mais certaines écoles ont dû s'adapter. On n'imagine même pas les difficultés que doivent rencontrer les gens qui n'ont pas d'imprimante ou ont un rapport difficile à l'informatique. Pour ceux qui continuent de se rendre à leur travail, outre un sentiment compréhensible d'inquiétude, la ville revêt un air post-apocalyptique : en fin d'après-midi, Damien Marcillac, charpentier, semble être la seule personne de la ville sur le chantier de la maison Majorel, à côté de l'église, à l'exception d'un employé de banque qui prend l'air 5 minutes. Seule la devanture des Drailles de l'Aubrac rappelle un semblant de commerce sur ce morceau de Boulevard. Dans la rue Docteur Trémolières, la vue de deux infirmières portant des masques rappelle que ce n'est pas qu'une belle soirée de printemps.

Premier vendredi de confinement, et sans marché à Espalion, mais c'est le printemps. Malgré tout ce qu'on peut lire sur le comportement irresponsable de certains, le Nord-Aveyron a pris le pli, et les rues, surtout l'après-midi, sont souvent désertes. Le matin à Saint-Côme, je croise un pèlerin (lire par ailleurs) ! Le Smictom Nord-Aveyron, qui avait déjà fermé ses déchetteries, annonce qu'il cesse la collecte de sacs jaunes. Inter Distribution mettra en place une permanence pour les bouteilles de gaz dans les prochains jours. La météo, clémente depuis plus d'une semaine, promet un week-end étrange. On essaie d'inventer des occupations aux enfants : on a même installé l'application SnapChat, proscrite jusque-là, pour qu'ils restent en contact avec les copains. J'arrête les chaînes d'info continue et je me sens déjà beaucoup mieux. À la télé, les chaînes gratuites spéciales confinement pour ceux qui ont la Box d'Orange (la série OCS) auront fait veiller les amateurs de western, avec Raoul Walsh, Robert Mitchum, John Wayne, Dean Martin, etc.

Samedi 21 mars. La séance de gym en direct de Marie-Ange de la Maison du Sport n'a pas fonctionné comme on aurait voulu, peut-être parce qu'Internet est saturé. Sortir le matin pour aller acheter pain et journal, sans approcher personne, mais en échangeant quelques mots de loin (parce qu'on ne va pas se faire la gueule, en plus !), fait un bien fou : ce qui fait le charme d'un week-end de printemps se résumera pour beaucoup à une petite sortie de ce type. Il paraît qu'ailleurs certains ont abusé de leur “autorisation de sortie”, mais je peux vous dire, après avoir passé un long moment à nettoyer ma terrasse, que je n'ai pas vu passer grand monde, ni à pied, ni en voiture. Le soir, comme beaucoup, j'expérimente avec trois copains un visio-apéro en vidéo sur mon téléphone. Les 5 premiers jours de confinement semblent avoir duré un mois. Je plains ceux dont les conditions de vie sont plus difficiles.

Dimanche, l'évêque de Rodez, Monseigneur Fonlupt, célèbre une messe difusée en direct sur www.rodez.catholique.fr. Ceux qui ont la chance d'avoir un jardin, et qui s'en seraient peut-être plaint en temps normal, s'y sont sûrement activé une partie de la journée : «On n'aura jamais été autant en avance !». Le seul problème c'est de garder les déchets verts. Le Parlement a voté l'état d'urgence sanitaire : fermeture des marchés ouverts, report du second tour des municipales au mois de juin, sous réserve d'annulation. On parle de plus en plus de la chloroquine et du professeur Raoult. En Italie, après les 793 morts de la veille, on en compte encore 651 ce dimanche.

Lundi 23 mars, une nouvelle semaine commence pour ceux qui travaillent et pour ceux qui ont des devoirs à faire. Des précisons sont apportées sur la distance et la durée maximale des sorties pour s'aérer ou faire de l'exercice (1 km, 1 heure), le Chemin de Saint-Jacques est interdit dans sa partie aveyronnaise. Mathieu d'Inter Distribution porte ses derniers masques de débroussaillage à la pharmacie. À l'ADMR, on a enfin récupéré quelques masques, dont certains gentiment fournis par des clubs de couture ou autres.

Mardi, nous bouclons ce deuxième journal de confinement. Le Nord-Aveyron, nous vous le confirmons, respecte bien les consignes de confinement. Prenez soin de vous.

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