Un jour à Espalion…
En mars 1926, Raoult Péret (1870-1942), ministre des Finances, institue une taxe civique dans le but d’amortir la dette et de faciliter la reprise du franc et ajoute une souscription nationale pour recevoir des contributions volontaires. En avril, le président de la République, les ministres, les présidents de la Chambre des députés et du Sénat versent leurs contributions. De nombreux journaux font parvenir des sommes conséquentes au ministère des Finances.
Le 4 mai, François Coldefy, sous-préfet d’Espalion, écrit aux maires de son arrondissement «en vue d’une action efficace auprès de leur conseil et de leurs administrés en faveur des contributions volontaires pour l’amélioration du Franc».
Le 8 mai, cette lettre aux maires est transcrite dans le Bulletin d’Espalion. En voici quelques extraits : «À l’heure où l’étranger épie implacablement la France pour essayer de découvrir un signe de lassitude, un temps d’arrêt dans sa résurrection économique, au moment où la France, au contraire, veut accélérer son relèvement et améliorer sa santé financière en amortissant sa dette à court terme (…)».
«Aussi quelle que soit la situation financière de la commune, votre conseil municipal, j’en ai la conviction profonde, décidera de participer, dans la plus large mesure possible, à cette œuvre de salut public».
«(…) vous saurez, M. le Maire, faire comprendre à tous vos administrés que cet effort national, auquel tous les Français sont conviés, sans distinctions de classes et d’opinions, intéresse personnellement chaque citoyen, les conditions d’existence de chacun dépendant étroitement de la richesse du pays».
«Vous voudrez bien me faire parvenir dès que possible la délibération fixant le montant de la souscription de votre commune et m’indiquer le résultat de vos efforts personnels pour obtenir des contributions individuelles. Je vous prie aussi d’afficher très régulièrement à la porte de la mairie, les listes de souscriptions de votre commune publiées par la voie du Journal officiel».
Le sous-préfet verse ce jour-là 100 francs*, il est le premier inscrit sur la première liste de donateurs.
Un Comité d’arrondissement se forme pour favoriser l’essor des contributions volontaires, avec pour but de seconder le Comité national. Ce Comité se réunit pour la première fois le lundi 10 mai, à 14 h, dans une salle de la mairie d’Espalion.
Le 23 mai, un bal est organisé ; la recette de la soirée est intégralement versée «aux contributions volontaires».
Le 27 juin, un concert est donné au profit de «la contribution volontaire» à laquelle les organisateurs remettront 700 francs.
Le 23 juillet, un changement s’opère au gouvernement : Raymond Poincaré devient président du Conseil et ministre des Finances.
Le 18 août, le Conseil général de l’Aveyron verse 30.000 francs à la caisse d’amortissement pour «la contribution volontaire».
Et les particuliers vont y croire… Quelle somme la commune d’Espalion va-t-elle récolter ? Des listes paraissent dans le Bulletin d’Espalion du 8 mai au 28 août. Les sept communes du canton d’Espalion versent 5.100 francs (Espalion 2.000 francs, Saint-Côme 1.000 francs, Castelnau 1.000 francs, Gabriac 500 francs, Lassouts 300 francs, Le Cayrol 200 francs et Bessuéjouls 100 francs). Dans l’arrondissement, on note la participation personnelle des maires, des conseillers municipaux, de nombreux particuliers dont des retraités, des institutrices, des instituteurs, de nombreux élèves des écoles publiques mais très peu d’enseignants des établissements confessionnels. Une partie de la population conservatrice se garde de participer à ce redressement.
Pour remercier les Espalionnais, et pour des raisons d’économies… en septembre, Espalion apprend la fermeture de son tribunal, de sa prison, de sa sous-préfecture et la suppression du poste de receveur particulier des Finances puis, en octobre, la suppression du poste de conservation des hypothèques et en décembre, la suppression de la perception “Espalion - Banlieue” qui est dorénavant rattachée à la “Perception d’Espalion”...
Jean RADIN
* Prix de certaines denrées en 1926 : les œufs 6 francs la douzaine ; le beurre 15 francs le kg ; les poulets, canards et dindons 9 à 10 francs le kg ; le pain 2,25 francs le kg ou 2,20 francs le kg (pour le pain dit de ménage pesant plus de 2 kg) ; les pommes de terre 70 francs les 100 kg ; les châtaignes 75 francs les 100 kg ; les porcs gras entre 310 et 340 francs les 50 kg ; les bœufs de travail valent de 6.500 à 8.000 francs la paire et pour se distraire une place de cinéma vaut 3 francs (la chaise).
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