Fermeture des musées d'Espalion et Salles-la-Source
Le 25 juillet 2025, la collectivité adopte son plan stratégique Aveyron Musées 2025-2030, qui entérine la fermeture de deux des trois musées départementaux1. L’objectif annoncé : revoir de fond en comble une politique jugée coûteuse, peu lisible et peu efficace.
Dans les documents votés par l’assemblée, les musées ferment pour trois raisons principales : la première raison est un «rayonnement circonscrit au bassin de proximité», la deuxième, une fréquentation «contenue et peu évolutive» (environ 16.000 visiteurs par an pour les trois musées), et pour finir des muséographies considérées comme «désuètes» et des thématiques «obsolescentes».
Les études nécessaires à leur modernisation ont ajouté un poids décisif : 10.4 millions d’euros pour remettre à niveau le musée de Salles-la-Source, et entre 4.1 et 6.7 millions pour celui d’Espalion. Des sommes jugées impossibles à engager «alors que les potentiels de fréquentation sont incertains».
Interrogé sur ces choix, le président du Département, Arnaud Viala, assume totalement la décision : «On ne le fait ni par fantaisie, ni par caprice. On arrive au constat que ces musées, malgré l’attachement qu’on leur porte, ne sont plus suffisamment attractifs pour justifier les moyens qu’on y déploie.» Il explique également que les spécialistes consultés ne croient pas qu’une modernisation lourde suffirait à relancer la fréquentation : «Même en investissant massivement, on n’arriverait pas à leur redonner assez d’entrées pour que ce soit justifié.»
Faire voyager les collections plutôt que les visiteurs
Au lieu de maintenir des sites coûteux et vieillissants, le Département veut désormais renverser la logique : ne plus demander au public de venir jusque dans ces musées, mais amener les collections vers lui.
Arnaud Viala détaille cette nouvelle orientation : «On va nouer des partenariats avec les territoires pour exposer une partie des collections. L’idée est d’intéresser un public beaucoup plus large, avec des objets qui pourront être rendus en partie itinérants.»
Il nuance : certaines pièces, notamment à Pont-de-Salars, sont volumineuses et impossibles à déplacer régulièrement. Mais d’autres existent en plusieurs exemplaires et pourraient circuler facilement dans le département.
L’héritage de Joseph Vaylet au cœur des inquiétudes
À Espalion, la fermeture du musée des Mœurs et Coutumes a profondément bousculé habitants, associations et défenseurs du patrimoine. L’association Les Amis de Joseph Vaylet rappelle que le félibre avait constitué sa collection pour qu’elle reste sur place : «Les collections ne sont utiles que si elles sont publiques.» Elle demande aujourd’hui à conserver une partie des objets à Espalion et à récupérer les archives ethnographiques du Fonds Vaylet, conformément à la convention de 2018.
Pour le capoulié du Félibrige Paulin Reynard2, il ne s’agit pas d’un simple déménagement, mais de la possible perte d’un maillon essentiel de l’identité locale : «Menacer ce musée reviendrait à fragiliser profondément notre rapport à l’histoire et à la langue d’oc.»
La fin d’un symbole du monde rural
À Salles-la-Source, l’ancien musée des Arts et Métiers Traditionnels, installé depuis 1979 dans une filature, représentait un pan majeur du patrimoine rural aveyronnais : outils, meubles, savoir-faire, mais aussi le planétarium du club Andromède 4A. Sa fermeture a suscité une vague d’indignation, matérialisée par une pétition et la colère de nombreux habitants : «Fermer un musée, c’est retirer aux gens un bout de leur histoire.»
Le musée archéologique de Montrozier reste le seul musée départemental ouvert au public. Pour le reste, le Département mise sur un modèle plus mobile, plus partenarial, plus mutualisé. Reste à savoir si cette nouvelle stratégie saura apaiser les inquiétudes et préserver ce que beaucoup considèrent comme la mémoire vivante de l’Aveyron.
EB
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