Agriculture
La trêve de Noël dans le conflit qui oppose le gouvernement français et les syndicats agricoles a pris fin le 5 janvier. Malgré une volonté affichée de dialogue du premier ministre Sébastien Lecornu, tous les éléments sont en effet réunis pour que s’amorce une troisième année consécutive placée sous le signe de la colère paysanne. C’est sans illusions que les syndicats ont été reçus, chacun à leur tour, à Matignon les 5 et 6 janvier. Il faut dire qu’aux inquiétudes structurelles comme la signature très prévisible et imminente de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur ou la réforme de la Politique agricole commune (PAC) s’ajoute la gestion contestée de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) touchant les troupeaux bovins.
Pour répondre aux inquiétudes légitimes découlant du traité avec le Mercosur, le gouvernement a tenté d’allumer un contrefeux : renforcer légalement les conditions du contrôle sanitaire des importations en provenance d’Amérique du Sud. Mais cela ne règle aucunement les problèmes de distorsion de concurrence intra-européenne auxquelles la loi Duplomb avait tenté de répondre partiellement l’an dernier avant d’être censurée par le Conseil constitutionnel. Concernant la PAC, la volonté de maintenir le montant des aides accordées aux agriculteurs français ne tient pas compte de la hausse tendancielle des coûts de production. Concernant la DNC, l’indemnisation des troupeaux éradiqués ne répond pas au choc psychologique des éleveurs concernés dans un climat général qui fait peser de sérieuses inquiétudes sur l’avenir du cheptel français. Des questions se posent enfin vis-à-vis d’une possible intégration de l’Ukraine au sein de l’Union européenne dans les années à venir, susceptible de déstabiliser un peu plus les équilibres agricoles du continent.
Les acteurs du monde agricole français sont bien conscients que celle-ci joue actuellement son avenir. Quelles perspectives concernant l’avenir de nos exportations alors que la balance commerciale du secteur est désormais négative ? Comment continuer à envisager sérieusement une souveraineté alimentaire française dans de telles conditions ?
Une seule certitude : au bout du compte, il y aura des conséquences pour les consommateurs. Nos agriculteurs sont des lanceurs d’alerte.
Jérôme Besnard
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