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D’un continent à l’autre. Carnet de voyage : Émilie au Cap-Vert [2]

Il y a 10 ans presque jour pour jour, dans notre édition du 21 février 2013, nous publiions la première de 11 “newsletters” (“lettres de nouvelles”) envoyées par Émilie Picou du Bénin, où elle avait séjourné durant une année. Aujourd'hui, nous vous proposons des nouvelles de notre compatriote trotteuse de globe qui est repartie, mais cette fois-ci au Cap-Vert, archipel de culture afro-portugaise au large du Sénégal. En chantant.

D’un continent à l’autre. Carnet de voyage : Émilie au Cap-Vert [2]

D’un continent à l’autre

Me voilà à l'aéroport de Casablanca, installée à une table de ce grand espace-café que je trouve un peu familier maintenant. Je rentre pour les fêtes de fin d'année. «Tu voyages encore ?» Eh oui, je ne suis même pas restée trois mois à Praia ! [ndlr : la capitale]. Le luxe de pouvoir aller et venir, de voyager. Parce que la France en fait rêver plus d'un : «J'aime beaucoup la France», «France est sabi» (sabi signifie ”doux”, ”bien”), «Un jour, j'aimerais y aller», entends-je souvent au Cap-Vert.

Aussi parce que même sans travailler je m'offre un luxe que la plupart ne peuvent pas se payer. Et parce que j'ai le passeport français. Ce passeport qui vaut de l'or, qui nous ouvre toutes les portes. Le français, langue de la diplomatie mondiale. Le passeport français, grâce auquel on entre et on sort sans difficulté d'à peu près tous les pays du monde.

À lire : Carnet de voyage : Émilie au Cap-Vert [1]

Il y a trois semaines, pendant plusieurs jours, dans mon quartier, déambulait un jeune fou qui criait : «J'ai mes documents portugais, je suis Portugais !» et qui nous montrait en parlant très fort avec des yeux exhorbités son visa pour le Portugal. Un jeune homme qui avait été son ami m'expliquait une fois qu'il n'était pas comme ça avant, qu'il parlait très bien anglais, avait bien travaillé à l'école. On en a conclu qu'il était sans doute tant frustré de ne pas sortir du Cap-Vert, de l'île de Santiago même, de Praia encore, que l'obtention de ses papiers l'avait fait décompenser, comme on dit dans le langage psy. Ça a duré deux semaines puis on ne l'a plus vu; je l'ai croisé ailleurs, une fois, moins agité. Tant mieux. Mais c'est pour dire.

Pour moi ici, ces deux mois et demi à peine ont été bien riches. Visite de mes copines, escapade merveilleuse sur l'île de Boa Vista, préparation d'un concert, projet de clip et de participation de deux classes de l'école française où je travaillais l'année dernière sur une de mes chansons, avancement dans l'album : contact, choix des musiciens... et surtout, cette participation au Festival Noite Branca pour finir l'année en beauté, en succès !

Le maire-adjoint en charge de la culture et du projet avait été très réceptif à l'idée de faire participer une étrangère et d'ouvrir à l'international — la télévision aussi, puisque j'ai vu quelques images de mon show et de l'interview qui a suivi au journal du dimanche soir ! Sur la scène centrale, celle de la grande rue, des jeunes et des rappeurs, je suis passée à 22 heures présenter quatre chansons en live avec mon band, créé cette année 2022, et avec lequel je faisais mon 4e concert. Le public a été réceptif, les artistes en coulisse et les gars de l'organisation chaleureux et accueillants. Ça y est ! Je suis lancée ! On parle de moi, je suis sur scène — de belles scènes — et j'aime ça !

Et la vie en général ? Elle est suave. Levée le matin avec le soleil, constant, et couchée avec le ciel étoilé, constant aussi. Avez-vous vu des étoiles filantes la nuit du 13 au 14 décembre ? Peut-être moins spectaculaires que la nuit du 12 août, que je guette presque tous les étés en Aveyron (pour l'instant mon top 1 reste celles observées l'été dernier depuis la devèze en haut de Sainte-Geneviève, dont une à la tête énorme et à la traînée virant du blanc au vert et à l'orangé, telle une comète ou une aurore boréale condensée !

Mais nombreuses, donc, ces étoiles filantes observées depuis ma terrasse où je vois les toits de Praia et la mer au loin. La Grande Ourse ne surplombe pas le ciel comme en France : ici c'est Orion, mon repère. Le matin, un petit déjeuner en terrasse où j'écris, pour éclaicir les idées, les rêves, les sentiments, fixer le positif. Le rythme s'écoule encore plus que l'année dernière au gré des rencontres en terrasse et dans les rues de Praia, avec en plus la musique : écriture, vocalises, guitare, répétition avec les musiciens, démarchage... Et la plage, régulièrement. Ou au moins voir la mer de près, quasiment tous les jours. L'océan qui scintille.

C'est aussi ça cette année, comme dans la chanson de Grand Corps Malade, Ben Mazué et Gaël Faye : «J'ai pris du temps pour mon métier / J'ai pris du temps pour mes chansons (...) / J'ai pris du temps, ça prend du temps d'essayer (...) / Et là au milieu du monde / Pour que la vie réponde / On a pris le temps...»

Encadré : LE CAP-VERT

La République du Cap-Vert est un état insulaire composé de dix îles volcaniques — dont neuf sont habitées — situées dans l’océan Atlantique, à 500 km du Sénégal.

Ses côtes sont balayées par un climat tropical, chaud et sec. L’archipel est peuplé par plus de 500.000 Capverdiens. La capitale, Praia, se trouve sur la plus grande île, Santiago.

Inhabité jusqu’en 1456, l’archipel est colonisé par des marchands portugais et devient un carrefour d’échanges commerciaux, notamment la traite d’esclaves. Le territoire accède à l’indépendance en 1975.

Le Cap-Vert est de culture africaine et lusophone (la langue officielle du pays est le portugais), mais la majorité de la population parle le créole capverdien. Cet héritage culturel se retranscrit à travers différents genres musicaux originaires de l’archipel comme le funaná, la coladeira, la batuque ou la morna. La chanteuse la plus célèbre est Cesária Évora, surnommée la “Diva aux pieds nus”.

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