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Éloge de la faux. Le Cayrol : des ateliers pour apprendre à faucher ce 8 mai 

Ceux qui ont connu le travail dans la campagne de l'après-guerre ont certainement apprécié l'arrivée de la mécanisation, notamment le remplacement de certains outils manuels dont le maniement était long et pénible.

Éloge de la faux. Le Cayrol : des ateliers pour apprendre à faucher ce 8 mai 

Prenons par exemple la tronçonneuse à chaîne pour le bûcheronnage qui fournit un travail rapide et propre. Il faut bien reconnaître qu'il serait difficile pour la plupart d'entre nous de revenir à la hache et au passe-partout pour abattre les arbres !
Mais faut-il pour cela jeter aux orties ces anciens outils, car qui sait ce que nous réserve l'avenir !…

Par contre, l'abandon de la faux comme outil de coupe de l'herbe au profit d'outils à moteur singeant vaguement le geste du faucheur est une aberration évidente. Au contraire d'une tronçonneuse, le travail avec ces engins bruyants n'est pas moins pénible que la faux et de surcroît moins rapide. Le résultat est un travail mal fait, destructeur pour le vivant et il empêche la récupération facile de l'herbe broyée qui de fait enrichit le sol et favorise la croissance et la dominance des graminées au détriment de la diversité floristique. De plus, il est nécessaire d'être équipé comme un cosmonaute avec protection yeux-oreilles… Où est le plaisir si l'on ne peut voir et entendre la nature qui nous entoure ?

Alors pourquoi avoir abandonné la faux, outil écologique, efficace, économique, silencieux et très agréable à utiliser ? Bien sûr, on ne reviendra pas à la faux pour les grands espaces agricoles, mais pour l'utilisation de petits espaces en pente, trop humides, ou encombrés, la faux et ses déclinaisons (les fauchons) est particulièrement adaptée.

Elle respecte la faune et la flore, la coupe est propre et non traumatisante et il est plus facile de voir et d'éviter certaines plantes ou arbustes à conserver. Le foin est facilement récupérable après séchage et peut servir à divers usages : alimentation du bétail, paillage du potager et des plantations d'arbres, voire alimenter le compost ? C'est aussi une activité physique particulièrement agréable (voire addictive !) mais en plus, contrairement à certains sports, l'énergie produite n'est pas perdue !

Les reproches formulés à l'utilisation de la faux sont généralement : «c'est difficile, il faut apprendre», «c'est certainement pénible et très fatiguant», «il faut savoir affûter», «on ne trouve plus de matériel».
Oui bien sûr, comme toute activité physique ou technique, il faut un minimum d'apprentissage. Pour cela il faut le bon matériel, le bon conseil et la bonne démonstration, puis pratiquer en s'appliquant à effectuer le bon geste et cela devient vite très facile et agréable.
Quant à l'affûtage et notamment le martelage, il est vrai que cela n'est pas facile avec les enclumettes traditionnelles où il est difficile de maintenir le tranchant de la lame au bon endroit ; mais aujourd'hui les enclumettes modernes ont résolu ce problème et battre sa faux est presqu'un jeu d'enfant.

Alors, comment apprendre aujourd'hui ? C'est facile grâce à Internet où existent sites et démonstrations dédiées, parfois époustouflantes comme les concours de fauche en Autriche…

Il y a aussi des ouvrages remarquables, citons «Faucher et récolter à la main» de Ian Miller, vendu notamment par le «Comptoir de la faux» dans le Tarn…

Contrairement aux idées reçues, on trouve aujourd'hui de très bonnes faux et du bon matériel, parfois supérieur en qualité aux outils d'antan. C'est l'Autriche, pays montagneux, où le travail à la faux n'a jamais été abandonné, qui fournit aujourd'hui les faux du meilleur acier.

Pour apprendre, il y a nos anciens qui ont toujours fauché, et qui seraient sûrement ravis de transmettre leur savoir-faire. Il existe aussi de rares animations (1) et des concours de fauche (2), particulièrement instructifs.

Pour conclure, citons Emmanuel Oblin (3) : «De nos jours la prise de conscience écologique et environnementale a remis la faux et ses nombreuses qualités à l'honneur. C'est ainsi qu'au début des années 2000, des passionnés ont développé puis vulgarisé via Internet cet outil du passé promis à un bel avenir. En zone montagneuse, si la faux n'a jamais été totalement abandonnée, il faut savoir que des villes suisses telles que Genève, Lausanne ou encore Vevey ont formé plusieurs dizaines de leurs employés à l'utilisation de la faux.

En France, Créteil et Besançon ou encore le Conservatoire d'espaces naturels de l'Isère l'utilisent pour l'entretien d'une partie de leurs espaces verts. De nombreuses fermes en permaculture ainsi que des milliers de particuliers l'ont déjà adoptée.

Sous son apparente simplicité, la faux dissimule des trésors d'ingéniosité. Elle vous surprendra par ses capacités et saura se révéler une alliée efficace, silencieuse, légère, écologique et économique».

(1) Ce 8 mai au Cayrol, dans le cadre du «Troc aux plantes et outils de jardins», aura lieu de 10h à 12h une animation sur le fauchage à la faux. Tous les faucheurs sont invités à venir avec leur matériel. Passionné par cet outil, l'animateur vous renseignera sur les critères de choix d'une faux, les réglages à effectuer, les techniques pour battre, aiguiser et utiliser efficacement votre faux.

(2) À Nigresserre, commune de Thérondels, a lieu le matin du premier dimanche d'août, un concours de fauche qui voit s'affronter dans une ambiance conviviale une vingtaine de concurrents. Se renseigner à l'office de tourisme du Carladez à Mur-de-Barrez.

(3) Emmanuel Oblin est passionné par les outils et en particulier par la faux. En 2009, il a créé le Comptoir de la faux (www.comptoirdelafaux.com), après avoir constaté qu'il était extrêmement difficile en France de se procurer du matériel de qualité.

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