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La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (6/21)

Une chronique inédite de Jean-Pierre Henri Azéma, docteur en Géographie et consultant spécialiste du patrimoine industriel et des moulins, de l’histoire des rivières et de l’énergie. 

La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (6/21)
Espalion. Le moulin d’Olt en 1930. Ce document rare montre le moulin en pleine gloire. Son architecture est celle d’une filature et d’une minoterie, avec des travées régulières. A gauche, on distingue la potence portant les fils électriques permettan

1888. Espalion, cinquième ville de France électrifiée grâce au Moulin d’Olt et à sa chaussée (2/2)


Le moulin d’Olt : du moulin à grain à l’usine électrique
Les origines et l’histoire de ce moulin, existant avant 1789, sont en fait très mal connues et restent à établir. Il est probable qu’il fut longtemps un moulin banal appartenant aux seigneurs de Calmont. Comme nous l’avons vu, sa première représentation est celle du Cadastre napoléonien de 1826. En 1851, c’est un moulin à grain équipé de trois paires de meules et propriété de Joseph Berthier (AD12 61 S 2). Marcel Carnus, dans un tiré à part du Bulletin d’Espalion en date du 3 avril 1987, précise comment le «vieux moulin banal d’Espalion, ainsi qu’un bâtiment contigu à usage de filature, fortement délabré par les incendies, exigent d’importantes réparations. Le propriétaire de ces immeubles, puis Jérôme Berthier, ne voulant subvenir aux réparations, décida de les vendre en 1882. Paul Rieu en fit l’acquisition. (…) Bientôt, un important édifice remplaça le vénérable moulin aux murs croulants et archaïques. La chaussée du Lot, jugée insuffisante, fut sur-élevée sur toute sa longueur et une turbine moderne, système Fontaine, provenant directement des fonderies de Chartres, prit place dans le sous-sol du bâtiment (…). Au cours de l’année 1886, plusieurs équipes procédèrent à l’agencement intérieur du moulin. D’un côté la minoterie, avec ses quatre paires de meules et, de l’autre, l’usine électrique avec tous ses accessoires» (Carnus, 1987).
Pour le moulin, la chaussée a trois fonctions :
— Tout d’abord, elle relève le niveau du Lot et permet d’obtenir la chute de 1,50 m (différence de niveau) nécessaire à la délivrance de l’énergie du Lot.
—— Ensuite, la branche nord sert de canal d’amenée guidant l’eau vers les moteurs hydrauliques du moulin, les trois roues horizontales ou roudets traditionnels, puis plus tard vers les turbines hydrauliques.
— Enfin, la totalité de l’ouvrage ne formant pas obstacle et étant déversante, sert d’organe de sécurité, en renvoyant le surplus d’eau directement en aval du moulin. La longueur de la chaussée étant supérieure à la largeur du Lot, cela permet de laisser passer un plus grand volume d’eau et d’abaisser le niveau du plan d’eau (ou «remous») en amont de l’ouvrage.
La « Taxe de statistique sur les énergies hydrauliques» de 1922, précise que les roues (horizontales à cuves), autrefois en usage, ont été remplacées par des turbines hydrauliques modernes : à savoir une turbine Fontaine d’une puissance de 40 HP (30 kw) et une turbine Américaine de 25 HP (19 kw), soit en tout 49 kw installés. A noter que les deux canaux de fuite du moulin, encore en place, sur la rive droite en aval du bâtiment reconstruit sur le site du moulin, sont très précieux. Ils sont les derniers vestiges de l’usine électrique qui éclaira la ville à la fin du XIXe siècle.
1888. Inauguration de l’usine électrique du moulin d’Olt.
Après plusieurs siècles de fonctionnement comme moulin à grain, cette usine servit de lieu d’accueil pour la production d’une nouvelle énergie : l’électricité. L’idée de transformer ce moulin se précisa après que le Monastère de Bonneval eut, en 1885, converti en usine électrique le moulin qu’il possédait au bord de la Boralde de Flaujac. Paul Rieu, meunier du moulin d’Olt et maire de la commune, fut conquis par cette innovation et envisagea rapidement de transformer son moulin, de manière à ce qu’il puisse délivrer le courant nécessaire à l’éclairage public de la ville (Carnus, 1972). Espalion fut ainsi la cinquième ville électrifiée de France !
Trente-neuf ans plus tard, dans un article publié dans le journal «La Dépêche du Midi» daté du 17 septembre 2011, on apprend que « Les travaux de curement du canal de l'ancien moulin ont dégagé de la vase la turbine qui avait été installée en 1888». C’est une turbine de type «Américaine» de 25 HP (19 kw). Cette magnifique pièce de fonderie exposée en plein air mériterait d’être mise en valeur, et placée à l’abri des intempéries. C’est l’une des plus vieilles turbines hydrauliques historiques préservées de France.
Photo : Espalion. Le moulin d’Olt en 1930. Ce document rare montre le moulin en pleine gloire. Son architecture est celle d’une filature et d’une minoterie, avec des travées régulières. A gauche, on distingue la potence portant les fils électriques permettant la distribution du courant vers la rive gauche. A droite, on remarque la voûte de pierre, indiqant la prise d’eau pour les turbines hydrauliques. (Photo coll. part. JPH Azéma)
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