Épisode n° 2 : du député au fugitif
Dans le précédent épisode, nous avons vu que Xavier d’Izarn de Freissinet de Valady avait résolument pris le parti du peuple, et ce, malgré le fait qu’il fût admis, en 1785, aux honneurs de la Cour. Bien entendu, son action auprès des gardes françaises ne passa pas inaperçue. Sur le point d’être poursuivi, voire arrêté, il dut quitter précipitamment la Capitale pour gagner Paimbœuf avec le projet de s’embarquer pour l’Angleterre.
Toutefois, les événements se précipitèrent, l’incitant à revenir à Paris. Désireux de jouer un rôle plus actif dans la nouvelle destinée de la France, il devint aide de camp de La Fayette. Mais ce dernier, ne semblant pas partager l’enthousiasme républicain de notre personnage, le déçut au point que Xavier préféra quitter son poste pour rejoindre les Girondins sur les bancs de la Convention nationale.
De fait, Xavier d’Izarn de Freissinet de Valady fut au nombre des neuf députés de l’Aveyron élus au mois de septembre 1792 pour siéger au sein de la nouvelle assemblée constituante (suite à la chute de la monarchie le 10 août 1792). Sans doute représenta-t-il la circonscription de Villefranche-de-Rouergue, ce qui expliquerait la présence de son portrait à la mairie dudit lieu. De surcroît, nous savons, grâce à son acte de décès, que Xavier était domicilié à Villefranche-de-Rouergue, même s’il résidait en fait à Paris.
Un député opposé à la mort du roi
Siégeant, comme il a été dit ci-dessus, parmi les Girondins qui étaient des députés modérés, il se fit remarquer, lors des débats et du vote s’étant déroulés au mois de janvier 1793 (relatifs à la condamnation à mort de Louis XVI), en refusant de voter la mort du roi et, surtout, en osant déclarer à la tribune que la Convention n’avait pas le droit de juger le roi.
Voici, du reste, quelques extraits de son intervention : «J’ai pensé que Louis n’était pas jugeable, je ne puis voter… Je ne puis donc condamner à la mort le ci-devant roi, la justice éternelle me le défend, parce qu’elle ne veut point qu’on fasse après coup, ou qu’on aggrave des lois criminelles pour les appliquer à des faits passés : or aucune loi écrite ne lui infligeait cette peine pour aucun cas, avant qu’il fût précipité du trône dans la prison. Je demande que Louis, sa femme et ses enfants soient transférés demain, sous bonne et sûre garde, au château de Saumur, et qu’ils y soient gardés en otages jusqu’à ce que François d’Autriche ait reconnu la souveraineté de la République française…».
Cherchant, par tous les moyens, à sauver la tête du roi, il fit également afficher un placard en Aveyron afin de solliciter l’indulgence du peuple pour le roi. Malheureusement, Il ne put éviter la fin tragique de son souverain. Son action le rendit, par contre, suspect aux yeux des Montagnards (ennemis déclarés des Girondins) et des sections de Paris qui joueront, d’ailleurs, un rôle décisif dans la chute de la Gironde le 2 juin 1793.
La fuite de Paris
Ayant été à plusieurs reprises menacé de mort à la sortie de la Convention nationale, et figurant, en outre, sur une liste de 22 députés que la Municipalité de Paris accusait de trahison, Xavier d’Izarn de Freissinet de Valady quitta Paris le 9 juin 1793 (avec un faux passeport établi au nom d’Henri Rideau) et rejoignit Caen où s’étaient déjà réfugiés plusieurs députés de la Gironde. Ne faisant pas encore l’objet d’une quelconque demande d’arrestation au moment de son départ, il sera finalement décrété traître à la patrie (également désigné comme “fugitif et rebelle”) le 28 juillet 1793 suite à un rapport établi par Bertrand Barère (un député de la Plaine qui se rapprochera de la Montagne au point de devenir membre du Comité de salut public).
Dès lors, va commencer pour notre personnage une longue cavale qui ne s’achèvera que plusieurs mois plus tard.
La longue cavale
S’étant d’abord caché à Caen pendant plusieurs semaines, Xavier d’Izarn de Freissinet de Valady se rendit ensuite à Brest, puis gagna le département de la Gironde en compagnie de six autres conventionnels recherchés.
C’est au début du mois d’octobre 1793 que nos fugitifs débarquèrent au Bec d’Ambès avant de se séparer en trois groupes. Celui composé de Valady, Louvet et Barbaroux, resta caché, pendant une semaine (à partir du 8 octobre 1793), dans un grenier à fourrage situé au-dessus d’une étable. Ce séjour éprouva particulièrement nos trois conventionnels, ces derniers ayant dû rester dissimulés dans le foin par une chaleur torride, avec très peu d’air, et ayant été, de surcroît, privés d’eau et de toute nourriture pendant plus de 48 heures.
Fort heureusement, après la mi-octobre, les sept députés girondins purent trouver refuge dans la maison de Mme Bouquey qui se trouvait à Saint-Émilion.
Toutefois, ils se résolurent à quitter ce confortable asile le 14 novembre suivant, ne souhaitant pas exposer plus longtemps leur hôtesse au danger.
Nous retrouvons Xavier d’Izarn de Freissinet de Valady à Gours (département de la Gironde) où il demeura jusqu’au 22 novembre. Après cette date, il pénétra dans le département de la Dordogne, région alors sauvage et boisée. Le 23 novembre, il s’arrêta au hameau de Riveaud pour y réclamer de l’eau et un guide susceptible de le conduire jusqu’à une propriété (du nom de “Chabas”) située sur le territoire de la commune d’Eygurande (aujourd’hui appelée Eygurande-et-Gardedeuil). Parvenu en ce lieu dans l’après-midi du 23, il se présenta au propriétaire, le sieur Villegente, prétendant être un parent de sa femme et sollicitant un emploi de précepteur.
Dans un premier temps fort bien accueilli, il apprit, dans la soirée du 26 novembre, que des hommes armés étaient à sa recherche. Il quitta donc précipitamment la demeure de son hôte, n’emportant avec lui qu’un morceau de pain et un peu d’eau-de-vie.
Après être resté caché dans les bois pendant un jour et deux nuits, la faim le poussa à sortir de son refuge. Il retourna alors au hameau de Riveaud (le 28 novembre 1793) afin de se procurer de la nourriture. Peu de temps après son arrivée, trois hommes se saisirent de sa personne. Une fois fait prisonnier, il fut remis à une troupe de douze gardes nationaux qui le conduisit aussitôt jusqu’à Montpon (petite ville maintenant connue sous le nom de Montpon-Ménestérol). Présenté le soir même devant la municipalité de Montpon, on se contenta de le fouiller. Il portait sur lui une somme de 34 livres en argent, 188 livres en assignats, deux mouchoirs blancs, une fiole contenant une liqueur, une feuille de papier timbré vraisemblablement destinée à fabriquer un laissez-passer et, bien évidemment, le faux passeport au nom d’Henri Rideau.
Le lendemain, 29 novembre, il subit un premier interrogatoire au cours duquel il changea de stratégie. En effet, son passeport ne trompant plus personne, il s’inventa une autre identité, celle d’un certain Jacques Jurquet (reprenant ici le nom de jeune fille de sa mère), professeur de lettres originaire d’Aurillac, qui avait préféré la fuite à un enrôlement dans l’armée chargée de mater la Vendée.
Malgré toute l’habileté de Valady, qui réussit notamment à ne divulguer aucun nom de ceux et celles qui l’avaient aidé dans sa cavale, les autorités de Montpon restaient méfiantes à son égard et l’envoyèrent, le 30 novembre 1793, à Mussidan afin de comparaître devant le Comité de Surveillance.
Interrogé, le 1er décembre suivant, par ledit comité, Xavier d’Izarn de Freissinet de Valady maintint sa nouvelle version. Enfin, le 4 décembre 1793, il fut transféré à Périgueux pour y être jugé.
Malheureusement pour lui, à peine était-il arrivé à Périgueux qu’il fut amené devant le Représentant du peuple en mission, lequel n’était autre que Pierre Roux-Fazillac, un de ses collègues à la Convention qu’il avait également côtoyé lorsque celui-ci était capitaine au régiment des gardes françaises. Naturellement, Roux-Fazillac reconnut immédiatement Valady dont le sort était désormais scellé.
À suivre...
Pascal Cazottes
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