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Troisième référendum en Nouvelle-Calédonie : «La tension est palpable, mais personne n’en parle»

Troisième référendum en Nouvelle-Calédonie : «La tension est palpable, mais personne n’en parle»

Tensions, incompréhension, Covid-19… les partisans de l’indépendance et certaines associations avaient demandé le report de ce dernier référendum pour cause de crise sanitaire, jugeant que la campagne et le scrutin ne pouvaient se dérouler dans de bonnes conditions et que le pays était en deuil. Mais le Conseil d’État a rejeté cette requête. Les membres du Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS) ont appelé leurs sympathisants à ne pas participer à ce scrutin. La situation est complexe.

À la suite des évènements de 1984 et 1988, dont la prise d’otage d’Ouvéa qui avait endeuillé la Nouvelle-Calédonie, furent signé les accords de Matignon, complétés le 5 mai 1998 par l’accord de Nouméa. Accord qui prévoit le transfert de certaines compétences de l’État français vers le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie à l’exception de la défense, de la sécurité, de la justice et de la monnaie. De plus, trois référendums sur la question de l’indépendance du territoire devaient être organisés. Le premier a eu lieu le 4 novembre 2018, où le non l’a emporté à 56,67% et le second le 4 octobre 2020 où le peuple s’est à nouveau exprimé contre l’indépendance à hauteur de 53,26%.

Vincent, pourriez-vous nous décrire la situation en Nouvelle-Calédonie avant le troisième référendum qui se déroulera ce dimanche 12 décembre ? Quel est le climat à l’approche de ce dernier scrutin sur l’indépendance ?

"Pour faire simple, je suis en Nouvelle-Calédonie depuis plus de huit ans et j’ai vu les tensions augmenter ces dernières années entre les différentes communautés. Ces agitations ont plusieurs raisons, mais conduisent à une ambiance tendue surtout à l’approche du référendum.

Tout d’abord, il a la question même de l’indépendance, faut-il sortir de l’accord de Nouméa qui nous permet d’être français, mais avec une grande autonomie politique. Si la Nouvelle-Calédonie devient indépendante que va-t-il se passer ? Ce n'est pas très bien défini, c’est le flou total pour beaucoup de monde. Indépendance, pas indépendance… les habitants ne savent plus vraiment quoi choisir.

Des problèmes sociaux 

De plus, l’augmentation du prix de la vie n’a fait qu’accentuer les inégalités sociales qui étaient déjà présentes et alimenter les tensions qui existent entre les différentes communautés. À ces tensions sociales s’ajoute une cohabitation qui peut s’avérer difficile entre une culture occidentale et traditionnelle. L’alcoolisation des populations est aussi un acteur qui participe à une montée des mécontentements, car cela engendre beaucoup de problèmes d’incivilités. Ces différents éléments permettent à une insécurité grandissante de s’installer avec des vols et des agressions commises.

La crise sanitaire mondiale a accentué et exacerbé ces différents problèmes. On ressent de plus en plus le besoin de sortir du territoire, de ne plus être enfermé sur notre île, de partir voyager. À tous ces éléments s’ajoute l’incompréhension d’une partie des indépendantistes qui ont demandé à l’État le report du référendum pour cause de crise sanitaire, mais qui leur fut refusé.

"2.000 gendarmes sont arrivés"

Décrite comme cela, la situation semble sombre en Nouvelle-Calédonie, mais il ne faut pas voir que les points négatifs. Nous avons la chance de n’avoir connu, pour le moment, qu’une seule vague de Covid. L’épidémie a fait 300 décès pour une population de près de 250.000 habitants. Mis à part la distanciation sociale et le port du masque, les conditions de vie semblent bien meilleures qu’en métropole.

Pour ce qui est du contexte politique, actuellement c’est un peu le calme avant la tempête à l’approche de cette date fatidique. Près de 2.000 gendarmes sont arrivés sur le Caillou afin d’assurer le maintien de l’ordre. Leur présence en ville n’est pas toujours bien assimilée ou bien comprise. Jeudi matin, les principaux ronds-points de la ville ont été pris par des sympathisants indépendantistes. Ils ont déposé des banderoles indiquant que le pays était en deuil et qu’ils n’iraient pas voter.

L’ambiance générale est donc tendue. Les deux camps font bloc et campent sur leurs positions. Les loyalistes souhaitent passer à “l’après”, se retrouver autour d’une table et construire un nouveau pays. Pour les indépendantistes, les partisans sont divisés entre la vieille génération qui a connu les évènements de 1984 et 1988, et qui restent un peu dans cette ambiance de passé colonial. Puis, il y a la jeune génération, à qui l’on ne donne pas forcément la parole, car c’est “tabou” de contredire les aînés ou de s’opposer à eux. Les jeunes indépendantistes souhaiteraient aller de l’avant, mais ils ne peuvent pas exprimer leurs idées ou ne savent pas comment les formuler.

Gel de chantier et murailles

Certains groupes internationaux présents sur le territoire comme Engie, Eiffage et autres ont pris des directives demandant de geler les chantiers pour le mois de décembre et de mettre en sécurité leurs installations et leurs chantiers. Du côté des groupes industriels comme Koniambo Nickel, filière Glencore et Prony Ressources (la Nouvelle-Calédonie est un important producteur de nickel et d’aluminum, ndlr), des mesures sont en train d’être réalisées pour sécuriser les accès aux sites avec par exemple l’installation de conteneurs le long des voies d’accès pour créer un mur.

Pour conclure, une tension est palpable, mais personne n’en parle."

Propos recueillis par AAD

Encadré : 1984, 1988 et le système coutumier

1984 : boycott des élections territoriales par les militants indépendantistes (FLNKS) qui conduisent à une situation insurrectionnelle qui durera plusieurs semaines entraînant des violences et des décès. Le territoire se retrouve découpé entre les zones occupées et administrées par le FNLKS et les territoires dits loyalistes.

1988 : évènements qui s’inscrivent dans la suite de la crise 1984. Les insurrections de 1988 atteignent leurs paroxysmes avec la prise d’otage d’Ouvéa (îles Loyautés) le 22 avril. Des indépendantistes attaquent la gendarmerie de Fayaoué, où 4 gendarmes sont tués et 27 autres enlevés. C’est le début de la prise d’otage d’Ouvéa, qui s'achèvera 13 jours plus tard, le 5 mai, après la mort de 19 militants indépendantistes et de 2 militaires.

Le peuple kanak vit dans un système coutumier de chefferie subdivisée en clans. Chaque individu a donc une place très précise à occuper au sein de son clan et de sa chefferie. Les relations sont hiérarchisées. La chefferie joue un véritable rôle en Nouvelle-Calédonie, car elle applique l’autorité coutumière, notamment pour tout ce qui concerne les affaires familiales, de successions ou de la gestion des biens coutumiers.

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