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La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (17/21)

Une chronique inédite de Jean-Pierre Henri Azéma, docteur en Géographie et consultant spécialiste du patrimoine industriel et des moulins, de l’histoire des rivières et de l’énergie. 

La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (17/21)
Espalion. La rive gauche sur son rocher, le Vieux Palais et les ponts. Un paysage bâti autour du Lot, inconcevable sans le remous de la chaussée qui offre un havre de biodiversité et un miroir grandeur nature dans lequel la ville se mire depuis des s

Inventaire des fonctions méconnues de l’ouvrage (5/6)


Un ouvrage essentiel de régulation du débit des rivières
La chaussée temporise l’écoulement de l’eau lors des crues comme des inondations, qu’il ne faut pas confondre. Une crue est une montée des eaux, une augmentation du débit d’un cours d’eau suite à un fort épisode pluvieux. Cette augmentation du débit ne devient inondation qu’à partir du moment où elle continue de croître, quitte le lit mineur de la rivière et commence à occuper le lit majeur de celle-ci. Toute crue ne donne pas nécessairement lieu à une inondation. Mais toute inondation est le fait d’une crue.
La zone du \"remous\" n’est pas une zone d’eau stagnante. Sa pente est très faible mais significative. En eaux moyennes, la vitesse de l’eau circulant à sa surface est simplement ralentie. Cela assure un écoulement régulier du cours d’eau, avant qu’il ne se déverse sur toute la longueur de l’ouvrage, chute et rejoigne le lit apparent du cours d’eau en aval.
Grâce à cette surface en forme de miroir, le remous permet de lisser le débit maximal de crue, freine la veine d’eau et retarde le moment du pic de crue. Il assure un étalement du volume d’eau dans le temps et dans l’espace en envoyant d’importants surplus dans les terrains latéraux et champs voisins, ce qui du coup cause une inondation limitée.
L’énergie cinétique du débit est nettement atténuée. Cette temporisation a pour effet de casser la vitesse du flux de crue et d’en réduire considérablement la capacité érosive. Cette dernière est proportionnelle à la pente et au volume transitant dans le lit principal de la rivière. La charge (capacité de transport) en est aussi très diminuée.
La chaussée en été, un stock d'eau stratégique pour le soutien d’étiage.
Son rôle est surtout capital en été, et surtout en fin d’été. Cet espace aquatique profite pleinement aux espèces des eaux lentiques et plutôt tièdes, mais aussi, de manière inattendue, aux salmonidés. En effet, mieux vaut disposer d’une eau légèrement tiède que point d’eau du tout.
Les rivières ont besoin de l’alternance de sections d’eau rapides et peu profondes et de sections profondes et plus lentes. Ces dernières ont une forte inertie thermique : la température ne varie jamais rapidement ni à la baisse ni à la hausse. En été comme en hiver, elle conserve longtemps la fraîcheur. Elle profite aussi avantageusement de la ripisylve implantée sur les berges. L’épaisse voûte de feuillage des arbres isole et protège l’eau du réchauffement solaire, qui dès lors reste plus fraîche. L’eau des sections lotiques et exposées, de très faible épaisseur, s’échauffe rapidement et devient vite croupie, privée d’oxygène, et inapte au maintien de la vie.
Lors des grandes sécheresses, alors que l’écoulement s’interrompt parfois sur de longues périodes, la zone de remous joue un rôle capital dans la pérennité des écosystèmes fluviaux. La permanence d’une masse d’eau fraîche permet la résilience de toutes les espèces vivantes, associées ou non au milieu rivulaire. Dans les régions sèches ou arides, chaque chaussée forme donc une oasis.
Le remous offre une réserve d’eau en cas d’incendies, surtout lors des grandes sécheresses, comme durant l’été 2003. Dans le Ségala, certains éleveurs n’ont pu sauver leur troupeau que grâce à la proximité d’une chaussée de moulin. Elle leur fournissait l’eau quotidienne indispensable à l’abreuvage de leurs bêtes.
Espalion. La rive gauche sur son rocher, le Vieux Palais et les ponts. Un paysage bâti autour du Lot, inconcevable sans le remous de la chaussée qui offre un havre de biodiversité et un miroir grandeur nature dans lequel la ville se mire depuis des siècles. (Photo JPH Azéma octobre 2019)

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