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La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (8/21)

Une chronique inédite de Jean-Pierre Henri Azéma, docteur en Géographie et consultant spécialiste du patrimoine industriel et des moulins, de l’histoire des rivières et de l’énergie. 

La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (8/21)
Espalion. Chaussée du Moulin d’Olt. Les rivières sont des milieux fragiles, en équilibre depuis des dizaines de millions d’années. Les travaux en rivière prévus en aval de la ville seront très violents. Mal maîtrisés, ils peuvent provoquer une érosio

Chaussée du Moulin d’Olt : des menaces de démolition ? (2/2)


2021. Les travaux projetés en aval de la Chaussée, au niveau de Recoules-La Bouysse sont-ils appropriés ?
Ils consistent principalement en des décaissements, c'est-à-dire des creusements massifs dans les terrains adjacents au Lot, avec destruction de berges et d’arbres pour certains centenaires, entre le hameau de Recoules, en rive gauche, et la zone de la Bouysse, en rive droite. On envisage des terrassements sur 620 m de long et 80 m de large au niveau de La Bouysse, et de 415 m de long et 40 m de large pour le chenal de Recoules. Cet ensemble «aménagé» formera un « réservoir» d’eau potentiel de plus de 120 m de large sur un kilomètre de long. Il coûtera très cher à la collectivité ; plus de 3,2 millions d’euros TTC, pour des résultats très hypothétiques.
Effets de la démolition de la chaussée sur le plan des inondations
Toujours dans le rapport Artelia (2018, 147), on découvre que l ’arasement du seuil (la démolition de la chaussée) devrait permettre d’abaisser un peu le niveau d’eau en cas de crue.Cela garantira-t-il contre les effets d’une crue de fréquence centenale ? Rien n’est moins sûr. Pourquoi ? Tout d’abord, on ne maîtrisera jamais une rivière en crue. Ayant violenté son lit, cette dernière aura par définition toujours raison, et recréra le lit qu’elle désire, où elle le veut. Ensuite, l’aménagement de la zone «Recoules-La Bouys se» n’aurait de valeur que si l’on créait un large chenal de section régulière sur plusieurs kilomètres de long, en aval de celui-ci, pour libérer de très gros volumes retenus, dans et autour de la ville. Mais cela soulèverait certainenement de fortes oppositions. Le projet présenté n’aboutira seulement qu’à un évasement ponctuel du lit majeur du Lot qui ne pourra stocker qu’une très faible part des volumes de crues ! En aval, il demeurera toujours un étranglement de 40 m de large (le lit mineur) qui bloquera l’écoulement des eaux de crues. On aura beau augmenter le volume de la «piscine potentielle», la taille de la bonde restera trop petite pour évacuer une telle crue.
Au final, ces travaux ne permettront de réduire le niveau des inondations que de 2 à 20 cm… pour des hauteurs d’eau attendues de 2 mètres (Artelia, 2018, 147). C’est insignifiant. La question de l’entretien de ces nouveaux espaces est à peine effleurée : qui devra défricher, et avec quels moyens techniques ? A quelle fréquence et à quel moment ? Et qui paiera les dépenses liées à ces travaux réguliers ? Tout cela pour des épisodes d’inondations qui reviendront tous les 30 à 50 ans.
Erosion régressive et stabilité de la Chaussée.
Ce qui est à craindre, ce sont les conséquences des destructions des berges et de la forêt linéaire par la rectification du lit du Lot. Dégarnir les berges, sur environ 1.000 m en aval de la ville, n’a rien d’écologique et risque de déstabiliser l’équilibre actuel du lit. Il faut respecter le niveau et la forme de ce dernier. Tout prélèvement excessif de granulat risque d’accroître la pente du lit du Lot, d’augmenter la vitesse moyenne de l’écoulement et activer un phénomène d’emprunt de matériaux (sable et graviers) en amont ; ce que l’on nomme «l’érosion régressive». Si le mécanisme se déclenche, les fondations de la Chaussée du Moulin d’Olt pourraient, à moyen terme, être affouillées et déstabilisées. N’oublions pas qu’en amont de celles-ci se trouvent les piles de deux ponts, et les fondations de nombreuses maisons ! Ce chantier n’est donc pas sans risque.
Cette érosion régressive est en cours dans le lit du Lot supérieur, depuis octobre 2020, suite à la démolition de la Chaussée du Moulin de France (Cultures-Lozère). Cela peut générer de gros dégâts. Rappelons que dans la moyenne vallée du Tarn, en amont de Millau, l’excavation, dans les années 1980-1990, de granulats dans le lit du Tarn, a provoqué une incision (abaissement) du niveau du lit de la rivière de plus de 2 m. Les chaussées des moulins de La Galinière et du Mouli-Nau (Rivière-sur-Tarn) ont été complètement disloquées à la suite de cette érosion régressive. La rivière a une mémoire longue. Tous travaux qui ne la respecteraient pas pourraient induire des désordres très onéreux sur le long terme… (à suivre).
Espalion. Chaussée du Moulin d’Olt. Les rivières sont des milieux fragiles, en équilibre depuis des dizaines de millions d’années. Les travaux en rivière prévus en aval de la ville seront très violents. Mal maîtrisés, ils peuvent provoquer une érosion régressive qui menacerait les trois ouvrages du cœur de ville. (Photo JPH Azéma octobre 2019)
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