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La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (10/21)

Une chronique inédite de Jean-Pierre Henri Azéma, docteur en Géographie et consultant spécialiste du patrimoine industriel et des moulins, de l’histoire des rivières et de l’énergie. 

La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (10/21)
Espalion. Chaussée du Moulin d’Olt. Un ouvrage original, de faible hauteur, dont le parement aval est composé de pavés disposés en damier. Un bâtiment à restaurer en priorité. (Photo JPH Azéma octobre 2019)

Petit lexique de la langue des moulins et de l’hydraulique (2/3)


Problèmes de vocabulaire et de définitions
Chaussée : Ouvrage hydraulique (de faciès lentique) établi dans le lit mineur d’un cours d’eau. Ce n’est pas un obstacle hydraulique.Sa crête est entièrement déversante. Elle sert à acheminer l’eau vers un moulin ou une usine hydraulique. En France, les plus anciennes ont plus de 1.200 ans.
«Construction ou grosse masse de pierre ou de terre grasse et bien battue pour retenir les eaux d’un étang, ou empêcher que les rivières ne débordent dans des lieux plus bas. On faisait une chaussée le long de cette vallée pour empêcher les inondations» (Dic. Furetière 1690).
«Construction qui, dans un étang, sert à arrêter et consever l’eau» (Dic. Littré, 1873).
Le mot «chaussée» fait référence au fait que le noyau de terre qui sert à contenir les eaux est revêtu d’un habillage de pierre qui le protège, d’une carapace minérale pérenne. Le même mot s’applique aux routes, que l’on protége toujours de l’orniérage, par une revêtement durable, minéral. On l’appelle aussi «chaussée». Dans notre cas, et pour éviter toute confusion, il est préférable d’utiliser la formule «chaussée de moulin». Ce terme est à rapprocher du mot «chaussure», qui est une enveloppe de cuir, destinée à protéger les pieds de toute blessure. De tout cela il ressort une idée d’enveloppement, de protection contre une agression ou une dégradation extérieure.
Tout comme les différents canaux, déversoirs, vannes de tête ou de décharge, réservoir, siphon, aqueduc, etc., la chaussée est un accessoire du moulin au sens juridique du terme. Merlin (1812, 1, 764-765) dans son « Répertoire universel et raisonné de jurisprudence», la qualifie d’annexe technique indispensable et inséparable du moulin. Voici ce que dit cet auteur au mot « Bief», en une période où les moulins constituent le cœur battant de l’économie : « Le propriétaire du moulin est censé être propriétaire du canal (ndlr versus la chaussée) qui y conduit l’eau : quand même dans la vente du moulin il ne serait point parlé nommément de ce canal, l’acquisition de l’un emporterait celle de l’autre, comme d’une dépendance nécessaire. Cependant, pour avoir un droit de propriété attaché à ce canal, il faut qu’il soit fait de main d’homme (…)». Plus loin, l’auteur apporte une précision d’importance, en citant le jurisconsulte Claude Henrys, conseiller du roi (1615-1662) «(…) un moulin ne peut être moulin sans sa prise d’eau, il s’en suit aussi que la prise d’eau est une partie nécessaire, intéressante et presque principale, puisque sans elle le moulin serait inutile  ; d’où il faut pareillement inférer que le béal ou canal qui conduit l’eau au moulin n’est pas seulement un simple accessoire ou dépendance, mais plutôt que c’en est une portion inséparable, et qui, prise conjointement avec les bâtiments, ne fait qu’une et même chose  ; par conséquent que celui qui est propriétaire du moulin, l’est aussi du béal ou canal qui conduit l’eau  ; que le sol lui appartient, et qu’il faut croire qu’avant de bâtir le moulin, il s’est assuré de la prise d’eau et du passage d’icelle».
Déversoir : Ouvrage de sécurité, des barrages et des moulins. Pour ces derniers, cela concerne les moulins dérivés, équipés de canaux d’amenée, établis à l’écart du lit mineur de la rivière. C’est l’accessoire hydraulique par lequel s’évacuent les eaux excédentaires, lors des hautes eaux. Cela protège le moulin (ou l’usine) et leurs installations internes, des inondations moyennes.
Le canal de fuite du déversoir peut suivre deux directions : soit il contourne le moulin pour rejoindre son canal de fuite puis le lit mineur du cours d’eau, soit il rejoint celui-ci au plus court (à suivre).
Faciès lentique : section de rivière, ou milieu aquatique, caractérisé par des courants faibles ou nuls (lacs, étangs, marais, retenue de barrage, eaux stagnantes) et abritant des organismes, des écosystèmes adaptés à ceux-ci. Sa biodiversité est très grande.
Faciès lotique : section de rivière, ou milieu aquatique, caractérisé par des courants rapides et abritant des organismes, des écosystèmes adaptés à ceux-ci. Sa biodiversité est beaucoup plus pauvre que celle du faciès lentique.
Photo : Espalion. Chaussée du Moulin d’Olt. Un ouvrage original, de faible hauteur, dont le parement aval est composé de pavés disposés en damier. Un bâtiment à restaurer en priorité. (Photo JPH Azéma octobre 2019)
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