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La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (11/21)

Une chronique inédite de Jean-Pierre Henri Azéma, docteur en Géographie et consultant spécialiste du patrimoine industriel et des moulins, de l’histoire des rivières et de l’énergie. 

La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (11/21)
Millau (Aveyron). Chaussée du Moulin du Pont-Vieux. En période de pleines eaux, la chaussée que partage ce moulin avec ceux (partiellement disparus) des Moulins de la Roque, situés à 60 mètres plus bas, grume abondamment. (Photo JPH Azéma décembre 20

Petit lexique de la langue des moulins et de l’hydraulique (3/3)


Problèmes de vocabulaire et de définitions
Digue : contrairement aux chaussées, les digues sont des obstacles hydrauliques latéraux, linéaires, de quelques hectomètres, et pouvant atteindre plusieurs centaines de kilomètres, encadrant le lit mineur des torrents et fleuves, ou délimitant un grand canal (d’irrigation ou de navigation) ou un polder. Les digues contiennent temporairement à l’écoulement naturel de l’eau, ou d’une rivière, lors des crues et inondations.
Les moulins à eau de type «dérivé», disposent d’un canal d’amenée, souvent établi en dehors du lit mineur, voire du lit majeur, comprenant au moins une digue. Elles sont souvent ponctuées de vannes de décharges, qui assurent les fonctions d’ouvrages de sécurité, pour évacuer les eaux excédentaires, pour la mise à sec et l’entretien de l’intérieur du canal.
Ailleurs, établies dans le lit mineur, leur rôle est d’éviter que la rivière ne se déplace sur de grandes largeurs, ne divague lors des périodes de crues et d’inondations. Elles protègent les cultures et des villes parfois très importantes, établies au-delà de l’ouvrage. Citée par certains comme «dernier fleuve sauvage» d’Europe, la Loire est, depuis des siècles, corseté par des centaines de kilomètres de digues, ou turcies ! Les digues ont pour rôle d’enfermer le lit moyen du cours d’eau dans un corridor de terre armée, de plusieurs mètres de haut, et large de plusieurs dizaines de mètres. En France, parmi les cours d’eau endigués, on compte aussi la Garonne, le Rhône, et dans les montagnes alpines, la Durance, le Guil, l’Isère, l’Arc, l’Arve, le Giffre, etc. Les conséquences de ces endiguements sont une perte importante de biodiversité. De nombreuses zones humides latérales sont coupées en permanence du lit principal et de ses apports en nutriments en matière organique.
Lit majeur d’une rivière : espace latéral, contigu au lit mineur, parfois très large, uniquement et temporairement occupé lors d’un épisode d’inondation consécutif à la crue d’un cours d’eau.
Lit mineur d’une rivière : lit ordinaire d'un cours d'eau où l'écoulement s'effectue essentiellement de manière linéaire.
Obstacle : l’étymologie de ce mot, donnée par Littré (1873), provient du latin obstaculum, de ob, en face, et stare, être debout : ce qui est debout en face, opposé. Sur les cours d’eau, les obstacles sont les ouvrages hydrauliques qui s’opposent physiquement et verticalement à l’écoulement de l’eau, qui la retiennent. Ils sont de deux sortes. Tout d’abord, les obstacles implantés transversalement au courant ; les barrages, réservoirs hydroélectriques et d’irrigation et, en périodes de crues, les ponts dont les piles réduisent de manière significative le passage des eaux et retiennent les branches et troncs d’arbres. Ces derniers forment des embâcles, réduisant encore plus le passage de l’eau et renforcent l’effet d’obstacle, de barrage, du pont. En outre, figurent les obstacles établis latéralement au cours d’eau principal : les digues, qui cantonnent l’écoulement de l’eau dans le lit mineur et moyen. Leur élévation verticale empêche la divagation hydraulique de la rivière, et isole le lit majeur du fonctionnement écologique du lit mineur et moyen.
Remous : étendue d’eau de faible épaisseur, parfois avec des zones profondes, freinée en amont d’une chaussée de moulin, ou d’irrigation, formant un plan d’eau plus ou moins long. Plus la pente du lit du cours d’eau est faible et plus le remous est long. C’est une zone humide de première importance, une masse d’eau essentielle pour le maintien de la biodiversité. En été, elle fait office de véritable oasis, de climatiseur. Ces volumes d’eau stockés jouent un rôle fondamental pour de nombreuses activités en période de crise, lors des grandes sécheresses, comme en 2003 (à suivre).
Photo : Millau (Aveyron). Chaussée du Moulin du Pont-Vieux. En période de pleines eaux, la chaussée que partage ce moulin avec ceux (partiellement disparus) des Moulins de la Roque, situés à 60 mètres plus bas, grume abondamment. (Photo JPH Azéma décembre 2014)
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