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La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (19/21)

Une chronique inédite de Jean-Pierre Henri Azéma, docteur en Géographie et consultant spécialiste du patrimoine industriel et des moulins, de l’histoire des rivières et de l’énergie. 

La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (19/21)
Cultures (Lozère). La chaussée du Moulin de France après sa destruction pour cause de «Renaturation» écologique. Voilà le type de paysage revendiqué comme naturel par les «associations gestionnaires des poissons et de l’environnment». Un échantillon

La destruction d’une chaussée et ses conséquences (1/3)


La beauté visuelle et sonore des chaussées comme leur inscription dans un paysage familier sont très fragiles. L’ouvrage hydraulique peut disparaître après quelques heures de bulldozer. Mais les conséquences ne s'arrêtent pas là.
L’ouvrage disparu, une cascade de désordres s’enchaîne affectant la vie de la rivière comme la sécurité des populations. Liste des effets les plus observés.
1. La ressource en eau est menacée
La première série d’effets désastreux se manifeste physiquement au niveau du lit de la rivière. On assiste à un abaissement de la hauteur de lame d’eau écoulée dans le lit de la rivière. Cela provoque une diminution immédiate du volume d'eau, avec exondation du lit, au niveau de l’emplacement de l’ouvrage et sur la zone de remous. Dans les terrains riverains latéraux, les aquifères associés disparaissent. Les sources deviennent mortes, et les périmètres de captages d’eau potable, quand ils sont proches, sont anéantis. Les sols des parcelles riveraines se dessèchent, perdent de leur cohésion, deviennent plus fragiles et sensibles à l’érosion éolienne. Leur valeur agronomique est nettement diminuée. La disparition du remous engendre aussi celle d’une réserve d’eau stratégique pour la sécurité incendie et l’agriculture.
2. La rivière ingérable. Erosion et crues, sources d’insécurité pour les populations riveraines
La deuxième série de conséquences touche la forme physique de la rivière et la dynamique de l’eau et des sédiments. Cela se manifeste par la fragilisation des berges enclenchée par le dessèchement des terrains riverains. Il s’en suit un effondrement du sol entraînant la chute d’arbres dans le lit du cours d’eau. Quand d’importantes quantités de sédiments ont été retirées du lit de la rivière pour en rectifier le profil, il se déclenche ensuite un processus d’ érosion régressive, qui déstabilise les berges de la rivière et les ouvrages hydrauliques, placés en amont de la chaussée détruite, sur des centaines de mètres voire plusieurs kilomètres.
Au niveau hydraulique, on assiste à une accélération du courant dans le lit mineur. Il en résulte une modification du tracé des courants dans le lit du cours d’eau. On observe un changement, souvent radical, de la nature du fond du lit du cours d’eau. Enfin, la conséquence la plus grave se manifeste en aval, avec un risque significatif de violentes crues, par l’accroissement de la vitesse et de la capacité de transport de la rivière. En eaux moyennes et lors des grosses crues, il en résulte une forte augmentation de sa force érosive et destructrice. La rivière devient alors folle, imprévisible et ingérable. C’est un facteur majeur d’insécurité pour les populations riveraines.
3. La déstabilisation du bâti riverain et des constructions hydrauliques
Dans les espaces urbanisés proches de la rivière, bâtis en partie ou totalement sur pilotis, la disparition de la chaussée peut engendrer une exondation des pieux de fondation des maisons, constructions, ponts et autres ouvrages établis dans le lit majeur. Avec l’arrivée d’oxygène dans le sol, il s’en suit des attaques cryptogamiques des pilotis et un pourrissement du bois. Cette destructuration du bois des pieux, qui ne supportent plus les ouvrages, constitue une menace pour la stabilité des bâtiments.
Enfin, la décompaction du sol des rives provoque la chute d’arbres. Une fois détachés de la berge, ils se transforment en béliers, deviennent de puissants projectiles lors des crues suivantes, détruisant les berges, les ponts, d’autres chaussées de moulins, et constructions riveraines, et forment des ambâcles lors des prochaines crues (à suivre).
Photo : Cultures (Lozère). La chaussée du Moulin de France après sa destruction pour cause de "Renaturation" écologique. Voilà le type de paysage revendiqué comme naturel par les "associations gestionnaires des poissons et de l’environnment". Un échantillon de ce qui est prévu à La Bouysse. (Photo JPH Azéma octobre 2021).

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