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Le gui et le houx, les incontournables symboles du Nouvel An

Histoire. En cette période solsticiale du Nouvel An qui voit renaître le soleil, Pascal Cazottes nous parle du gui et du houx qui, par leur verdure perpétuelle, ont depuis longtemps été vus comme des symboles d'éternel renouveau, devenant ainsi indissociables du Nouvel An.

Le gui et le houx, les incontournables  symboles du Nouvel An
Gui et houx associés dans cette carte de voeux du début 
du XXe siècle (collection Pascal Cazottes).

La tradition du gui pour les fêtes de fin d’année

De même que le houx, le gui est utilisé, depuis un temps remontant à l'Antiquité, à des fins décoratives — mais pas seulement — lors des fêtes du solstice d'hiver. De fait, même si cette tradition s'est quelque peu perdue aujourd'hui, certains continuent à accrocher de grosses boules de gui, d'environ un mètre de diamètre, à l'entrée ou au plafond d'une pièce de leur demeure, et ce, durant les quelques jours qui précèdent Noël.

Et quand, le 31 décembre au soir, viennent à sonner les douze coups de minuit, la coutume veut que les habitants de la maison et leurs invités aillent s'embrasser sous ce gui censé porter bonheur, d'aucuns croyant, en effet, que cet acte aura pour conséquence de leur rendre la nouvelle année favorable.

À noter que cette pratique se développa tout particulièrement en Angleterre où le baiser était considéré comme une forme de salut. Quant aux origines de cette tradition, celle-ci aurait vu le jour chez les Romains, ces derniers ayant pris l'habitude de s'embrasser sous du gui durant leurs fameuses Saturnales, des fêtes qui se déroulaient du 17 au 23 décembre, soit durant la semaine du solstice d'hiver.

Aux États-Unis également cette coutume se propagea, comme nous l'expliqua l'écrivain Washington Irving, précisant qu'à son époque (première moitié du XIXe siècle), les garçons et les filles se donnaient autant de gages qu'il y avait de boules sur les rameaux de gui. Un peu plus haut, nous avons évoqué l'usage du gui par les Romains lors des Saturnales. Toutefois, le gui avait une importance encore plus grande pour les Celtes, comme nous le rappellent, d'ailleurs, toutes ces vieilles images (chromolithographies, etc.) nous montrant un (ou des) druide(s) cueillant cette plante avec beaucoup de cérémonie.

Nous avons également le témoignage de Pline l'Ancien, lequel ne manque pas de nous décrire la cueillette du gui chez les anciens Celtes dans son histoire naturelle : «Il est très rare de trouver ainsi le gui (sur un chêne rouvre), et quand on le trouve, on le cueille dans une grande cérémonie religieuse, le sixième jour de la lune, car c’est par cet astre que les Gaulois règlent leurs mois et leurs années… On choisit ce jour parce que la lune y a déjà une force considérable… Après avoir préparé un sacrifice au pied de l’arbre, on amène deux taureaux blancs dont les cornes sont liées pour la première fois. Vêtu d’une robe blanche, le prêtre monte à l’arbre, coupe avec une faucille d’or le gui, qui est recueilli dans un linge blanc. Ils immolent alors les victimes en priant la divinité de rendre ce sacrifice profitable à ceux pour qui il est offert. Ils croient que le gui, pris en boisson, donne la fécondité aux animaux stériles et constitue un remède contre tous les poisons».

Strabon, de son côté, nous donne des indications supplémentaires sur cette cueillette, précisant, notamment, que le druide chargé de la coupe du gui avait la tête couronnée de feuilles, que ce dernier utilisait une serpe n’ayant encore jamais servi, et que l’étoffe destinée à recevoir le gui devait également être neuve.

Ces descriptions appellent de notre part quelques observations. La première concerne les propriétés du gui qui, tressé pour être porté en collier ou en bracelet, aurait des vertus curatives, permettant, entre autres, de remédier à la stérilité des femmes. On a aussi longtemps cru, jusqu’au XVIIIe siècle, que le gui guérissait les maladies incurables, était efficace contre les crises d’épilepsie ou luttait efficacement contre les venins. Mais rappelons ici que tant les baies blanches du gui que ses feuilles sont toxiques. La deuxième observation a trait à tout ce qui est “nouveau” dans le rituel druidique de la cueillette du gui : cornes des taureaux liées pour la première fois, serpe neuve, étoffe n’ayant encore jamais été utilisée, etc., toutes ces nouveautés se rapportant, bien évidemment, à la période solsticiale du Nouvel An.

Enfin, on remarquera que le mot “gui” est associé à une expression que l’on pourrait croire liée au Nouvel An : “au gui l’an neuf”. Mais il s’agit, en fait, de la déformation d’une phrase gauloise, “o ghel an heu”, qui signifie “que le blé germe” ou “que le blé lève”.

La tradition du houx pour les fêtes de fin d’année

Nous en venons maintenant au houx, autre plante éminemment toxique dont on se sert largement en tant qu’élément décoratif lors des fêtes de fin d’année. Notons, tout d’abord, qu’à l’instar du gui que rien ne peut atteindre (ni le vent, ni les insectes, ni le chaud, ni le froid), le houx est devenu un symbole d’éternité, ou plus précisément d’éternelle jeunesse et d’éternel renouveau. Du reste, certains houx, en tant qu’arbres, ont passé les siècles sans encombre. C’est notamment le cas d’un houx qui, planté à Mount Vernon (États-Unis) par George Washington en 1785, serait encore visible aujourd’hui. Et, encore une fois, comme le gui, le houx aurait commencé à être employé à des fins décoratives par les Romains à l’occasion de leurs incontournables Saturnales.

À peu près à la même époque, voire bien avant, les Germains utilisaient le houx, ce “toujours vert”, pour se protéger des esprits de l’hiver et de la nuit. Selon Elizabeth Barrangé, «ce sont les anciens Germains, ceux d’avant l’ère chrétienne, qui nous ont légué, par l’entremise des Romains, l’habitude de décorer des maisons avec du houx. Pour eux, ces rameaux verts devaient servir de perchoirs aux esprits sylvestres, elfes et lutins, qui se morfondaient l’hiver et qui, dans les maisons, n’eussent su où nicher».

Ainsi que nous venons de le voir, le gui et le houx sont devenus indissociables du Nouvel An, au point qu’il n’est guère imaginable d’envisager de décorer les maisons pour les fêtes de fin d’année sans leur présence. Outre les demeures, ce sont les cartes de Noël et de Nouvel An qui s’en trouvent également ornées, et ce, depuis la création des cartes de vœux.

Rappelons ici que la première carte de vœux a vu le jour en Angleterre en 1843 et que son usage s’est ensuite répandu aux environs de 1870. Pour illustrer le présent article, nous avons utilisé des cartes datant de la première moitié du XXe siècle, cartes qui raviront sans aucun doute les plus anciens.

Pascal Cazottes

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