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Histoire. Le Larzac, un haut plateau à jamais marqué par la présence templière (1/4)

Histoire. Le Larzac, un haut plateau à jamais marqué par la présence templière (1/4)
Représentation d’un templier.
S’ancrant principalement dans le département de l’Aveyron, le haut plateau calcaire du Larzac est, sans nul doute, le plus grand des causses du Massif Central. Ses paysages d’une rare beauté mais bien souvent désertiques, où la végétation éprouve des difficultés à proliférer, laissent entrevoir une vie âpre et précaire.
Pourtant, c’est dans ce lieu apparemment hostile que des Templiers décidèrent de s’établir. Il est vrai que le causse du Larzac n’offre pas qu’un aspect lunaire. A certains endroits, nous sommes même surpris d’y découvrir des zones verdoyantes, véritables «oasis» dans le désert, comme c’est le cas à Sainte-Eulalie-de-Cernon. Et puis, il y a eu tous les efforts produits par les Templiers, lesquels façonnèrent durablement le Larzac, sachant tirer le meilleur de ses terres pour y développer une étonnante activité agricole (construction de lavognes afin que le bétail puisse s’abreuver en toutes circonstances, rassemblement des moyens pour cultiver la terre, etc.). N’oublions pas non plus le rôle joué par les Pauvres Chevaliers du Christ dans la création de véritables bourgs, mettant ainsi fin à un habitat très dispersé (avant leur venue, il n’y avait que quelques mas isolés, très éloignés les uns des autres, et soumis tant à la rapacité de quelques seigneurs locaux qu’aux contraintes d’une nature sauvage). La présence des Templiers fut donc une véritable bénédiction pour la région qui finit par leur appartenir presque entièrement. Dans ce qui va suivre, nous expliquerons comment les Templiers purent se rendre maîtres d’un si vaste territoire. Nous visiterons également leurs cités larzacoises, quelque peu modifiées par leurs successeurs, les Hospitaliers. Mais avant de nous lancer sur les traces des Templiers du Larzac, il est bon de rappeler au lecteur l’histoire de l’Ordre du Temple dont le destin tragique n’en finit pas d’impressionner les esprits.

L’Ordre du Temple


C’est en 1118 que Hugues de Payns décide de constituer, avec huit compagnons d’armes, une milice destinée à protéger les pèlerins se rendant en Terre Sainte (elle sera officiellement créée le 23 janvier 1120 sous la dénomination des «Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon»). Ce groupe armé deviendra ensuite — à partir du 13 janvier 1129 (lors du concile de Troyes) — un ordre monastique désormais connu sous le nom d’Ordre du Temple. C’est saint Bernard, neveu d’André de Montbard (l’un des neuf fondateurs de la milice), qui rédigera personnellement la règle de ce nouvel ordre religieux.
Particulièrement bien organisé et hiérarchisé, l’Ordre du Temple comprenait des frères chevaliers, obligatoirement issus de la noblesse et ayant seuls le droit de porter le manteau blanc à la croix rouge. Notons ici que la croix templière était pattée mais pouvait être également alésée, voire ancrée ou entaillée, ces deux dernières formes faisant apparaître huit pointes. Or, le chiffre huit fut très important pour les Templiers, puisqu’il leur rappelait immanquablement le Christ et la résurrection. Bien entendu, chacun sait que Jésus-Christ est ressuscité — après être resté trois jours dans le tombeau (à partir du vendredi de la crucifixion) — le premier jour de la semaine, soit un lundi. Mais, d’un point de vue symbolique, ce premier jour devint le huitième jour, faisant ainsi suite aux sept jours de la création. De sorte que Saint Ambroise a pu dire que le 8 était au Nouveau Testament ce que le 7 était à l’Ancien. De son côté, Clément d’Alexandrie nous rappela que le Christ plaçait sous le signe du 8 celui qu’il faisait renaître. Le 8 fut donc — en tant que symbole de la Vie nouvelle — associé à la Résurrection. Cette parenthèse refermée, nous reprenons le cours de notre énumération pour arriver aux prêtres et aux clercs, les Templiers — qui n’avaient de comptes à rendre qu’au seul pape — ayant bien entendu leurs propres ecclésiastiques. Venaient ensuite les frères sergents et autres écuyers, généralement recrutés au sein de la bourgeoisie. Enfin, les Pauvres Chevaliers du Christ avaient à leur service de nombreux valets pour s’occuper des tâches domestiques ou des travaux des champs.
Lorsque les Templiers n’étaient pas occupés à combattre les Sarrasins en Terre Sainte, ce qui était le cas de tous ceux restés en Europe, ils s’employaient à faire prospérer leurs commanderies, chacune d’elles étant placée sous l’autorité d’un Commandeur, encore appelé Maître ou Précepteur. Dans ces commanderies, les activités étaient diverses. Bien entendu, et plus particulièrement pour une commanderie comme celle de Sainte-Eulalie-de-Cernon, il s’agissait, avant tout, de valoriser les terres en les exploitant au mieux. Et là où les surfaces agricoles étaient trop pauvres, c’est l’élevage qui était privilégié, principalement celui des ovins. Il fallait aussi maintenir un cheptel de chevaux, lequel fut considérable au temps des combats en Terre Sainte. A côté de ces occupations, les Templiers officièrent en tant que banquiers. Leur réputation d’honnêteté et d’efficacité en ce domaine fut telle que c’est tout naturellement qu’ils furent amenés à gérer, entre autres fortunes, le trésor royal (conservé dans la Tour du Temple de Paris). Parmi les transactions que les Templiers eurent à traiter, nous découvrons des opérations de change, mais aussi des prêts avec mort-gage. C’est-à-dire qu’en garantie des sommes qu’ils prêtaient, les Templiers recevaient des biens immobiliers dont ils avaient, dès lors, la jouissance. Bien entendu, ces biens produisaient des revenus que les Templiers percevaient en tant qu’intérêts. On peut penser que ces prêts contribuèrent à enrichir les Pauvres Chevaliers du Christ, surtout lorsque les débiteurs se trouvaient dans l’incapacité de rembourser le capital prêté (la propriété des biens donnés en gage était alors définitivement transférée aux Templiers). Pour prendre l’exemple de la commanderie de Sainte-Eulalie-de-Cernon, autrefois appelée Sainte-Eulalie-de-Larzac, les archives ont révélé l’existence d’une cinquantaine de ces contrats de prêt, signés, pour la plupart, durant le XIIe siècle. Outre leurs activités d’ordre économique, il arrivait aux Templiers d’exercer un réel pouvoir en matière judiciaire. Ainsi, si l’on se réfère toujours à la commanderie de Sainte-Eulalie-de-Cernon, on s’aperçoit qu’Alfonse, roi d’Aragon, avait confié aux Templiers de cette commanderie (aux alentours de 1180) toute juridiction civile et criminelle avec haute et basse justice sur le Larzac. Ce qui signifiait que les Templiers pouvaient non seulement percevoir les amendes et saisir les biens d’un coupable, mais aussi décider de sa vie ou de sa mort. Tel fut le cas pour un criminel qui, convaincu d’homicide volontaire, fut condamné à être enterré vivant.

Phillipe IV le Bel contre les Templiers


Nous en venons maintenant à ce jour dramatique qui vit l’arrestation, en France, de tous les Templiers. Le vendredi 13 octobre 1307, les représentants du roi (dans tout le royaume) reçurent l’ordre de se saisir sans délai des Pauvres Chevaliers du Christ. En Aveyron, Pierre de Brillac, Sénéchal du Rouergue, reçut ce commandement à sept heures du soir. Une telle opération ne pouvait se faire que sur de graves motifs. Et des motifs, on en trouva, ou plutôt on en inventa, comme nous allons le voir. Accusés de nombreux crimes, touchant principalement à la sorcellerie, les Templiers durent répondre à pas moins de 127 chefs d’accusation, parmi lesquels arrivait en bonne place l’adoration d’une figure appelée «Baphomet». Mais, ainsi que nous l’avons déjà expliqué dans ces mêmes colonnes (se référer à l’article paru dans le Bulletin d’Espalion le 7 juin 2018), la tête barbue que les Templiers avaient pris l’habitude de représenter et d’adorer n’était autre que celle du Christ ! Au nombre des autres blasphèmes imputés aux Templiers, figure ce rite secret qui consistait à demander au nouveau venu dans l’Ordre de cracher sur la croix. En étudiant de près cette bien curieuse tradition, on s’aperçoit qu’il s’agissait, en fait, d’une mise à l’épreuve destinée à s’assurer que le nouveau frère n’abjurerait jamais sa foi en Jésus-Christ, même dans le cas où, combattant en Terre Sainte, il serait capturé et torturé par les Sarrasins. Ainsi, les Templiers étaient-ils innocents de tous les crimes dont on les a injustement accusés. On remarquera d’ailleurs que, parmi ceux qui avouèrent certaines infamies sous la torture, beaucoup se rétractèrent par la suite, préférant périr dans les flammes du bûcher plutôt que de vivre dans la honte d’aveux arrachés par la force. La persécution des Templiers est donc le fait d’un homme : le roi Philippe IV le Bel qui s’était vu comparé de la façon suivante par l’évêque Bernard de Saillet : «Notre roi est comme le grand duc, le plus beau des oiseaux, mais qui ne vaut rien. Il ne sait que regarder fixement les gens sans parler». Les raisons qui poussèrent Philippe le Bel à s’en prendre ouvertement aux Templiers tiennent vraisemblablement — et essentiellement — dans le fait qu’il souhaitait s’emparer de leur trésor monétaire, ainsi que de leur formidable patrimoine immobilier qui, cependant, lui échappa, ayant été finalement attribué aux Hospitaliers. Dans cette affaire, le roi réussit à se faire un allié (peut-être forcé) en la personne du pape Clément V qui décréta la dissolution de l’Ordre du Temple dans sa bulle pontificale «Vox in excelso» en date du 22 mars 1312. Toujours est-il qu’après plusieurs siècles nous séparant de ces événements, la thèse de la conspiration royale apparaît comme de plus en plus évidente, comme en témoignent ces mots prononcés, un jour, par un historien : «Je ne croirai jamais qu’un grand-maître et tant de chevaliers, parmi lesquels on comptait des princes, tous vénérables par leur âge et par leurs services, fussent coupables des bassesses absurdes et inutiles dont on les accusait. Je ne croirai jamais qu’un ordre entier de religieux ait renoncé, en Europe, à la religion chrétienne pour laquelle il combattait en Asie, en Afrique, et pour laquelle même encore plusieurs d’entre eux gémissaient dans les fers des Turcs et des Arabes, aimant mieux mourir dans les cachots que de renier la religion. Enfin, je crois sans difficulté plus de quatre-vingts chevaliers qui, en mourant, prennent Dieu à témoin de leur innocence».
À suivre…
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