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Histoire. Sainte Émilie de Rodat ou la charité faite femme (épisode III)

Histoire. Sainte Émilie de Rodat ou la charité faite femme (épisode III)
Emilie de rodat se promenant dans les bois en compagnie de son amie Josephine du lac de Montvert.

Après sa première communion, la jeune Emilie se livra à l’oraison de telle manière qu’elle en éprouvât des délices à la faire pleurer de joie. Voilà une pratique tout à fait inattendue chez une enfant de cet âge, surtout lorsque l’on sait en quoi consiste l’oraison qui n’est autre qu’une prière méditative centrée sur la contemplation divine.
Pouvons-nous dire qu’Emilie fut une surdouée dans l’exercice de la foi chrétienne ? Ou fut-elle tout simplement l’objet d’une grâce divine ? Pour reprendre ses mots au sujet de l’oraison : "Dieu la faisait en moi". Toujours est-il qu’Emilie, jusqu’à l’âge de quatorze ans, ne cessera de présenter d’étonnantes prédispositions à une vie religieuse, laissant entrevoir la future sainte en devenir. Même l’environnement dans lequel elle évolue, cette nature encore préservée qui enserre le château de Ginals, la ramène vers une certaine spiritualité. Comme elle l’avouera plus tard : "J’aimais à contempler les beautés de la nature, à méditer dans la campagne sur le bord d’un ruisseau".

 

Méditation et contemplation


Et lorsqu’elle donne rendez-vous à sa meilleure amie de l’époque, Mlle Joséphine du Lac de Montvert, elle ne manque jamais de l’entraîner dans de longues promenades pour se plonger, encore et toujours, dans ce cadre bucolique qui l’enchante. Au demeurant, l’itinéraire choisi ne varie guère : après avoir passé le portail du jardin, les deux amies s’arrêtent pour se recueillir devant une croix de pierre (régulièrement fleurie par Emilie) adossée à un talus sur lequel s’élèvent des châtaigniers. Ensuite, elles descendent la colline pour parvenir jusqu’à des bois où elles aiment flâner tout en s’entretenant de leurs pieuses lectures ou de leurs expériences de méditation. On imagine facilement que ces saines habitudes ne pouvaient qu’enchanter Mme de Pomairols et sa belle-sœur Agathe. Toutefois, un événement survint qui allait profondément affecter Emilie au point d’affaiblir sa foi. Nous nous reportons, encore une fois, à son autobiographie où sainte Emilie nous fait le récit de cet épisode : "J’avais environ quatorze ans lorsque, priant, faisant oraison à la faveur des ténèbres dans la chambre où était morte mon aïeule, Mme de Selves, dont j’ai déjà parlé, j’éprouvai une de ces frayeurs d’enfant par laquelle il me sembla la revoir et je sortis en toute hâte de cet appartement et n’eus pas le courage de reprendre le saint exercice de l’oraison. A peine je l’eus abandonné que mes confessions manifestèrent quelque relâchement. Mon directeur, s’apercevant que je déclinais, me recommandait de demander à Dieu la ferveur ; il me faisait faire la sainte Communion tous les quinze jours ; cela me soutenait un peu ; mon déclin de la ferveur alla toujours croissant et bientôt il fut rapide". Que s’est-il donc passé dans la chambre de Mme de Selves ? Est-ce vraiment le fantôme de son arrière-grand-mère qu’Emilie a aperçu ? Ou est-ce son imagination un peu trop fertile qui lui a joué des tours ? Peu importe de répondre à ces questions, car le résultat est là : Emilie a terriblement changé. Désormais, elle ne souhaite plus afficher sa piété, allant jusqu’à se cacher de la vue de ses proches pour prier. Même les pauvres ne reçoivent plus aussi souvent ses visites. Mme de Pomairols et la Visitandine se rendent bien compte du changement opéré chez leur chère Emilie, ce qui les inquiète d’ailleurs fortement. Le confesseur d’Emilie est, lui aussi, quelque peu soucieux quant à l’avenir de cette enfant, ayant, un jour, déclaré que si Emilie tournait mal, elle en ferait beaucoup. Comme nous le verrons par la suite, ces alarmes ne trouveront aucune justification, car Emilie ne manquera pas de se ressaisir. En attendant, elle reste tourmentée, ce qui semble parfaitement normal pour une jeune fille en pleine crise d’adolescence, qui plus est confrontée au surnaturel. En effet, un soir qu’elle se trouvait dans la demeure villefranchoise de Mme de Pomairols, occupée à lire près d’une table, elle entendit la voix de son grand-père décédé (M. de Pomairols) qui l’appelait par son nom. S’étant aussitôt levée de sa chaise, elle porta son regard tout autour d’elle sans apercevoir, néanmoins, quoi que ce soit. Pour déstabilisant que fut ce moment, elle n’en éprouva, cependant, aucune frayeur. Un peu plus tard, se produisit un autre événement qui n’allait pas être sans conséquence sur la vie intérieure d’Emilie : le mariage de son oncle, le vicomte Stanislas Guillaume Victor de Pomairols. La célébration de l’union du vicomte de Pomairols avec Françoise Adélaïde Genton de Villefanche (fille du baron Salvy Genton de Villefranche), un jour du mois de février 1803, donna bien évidemment lieu à des festivités auxquelles Emilie fut invitée.

 

 

Premiers émois de jeune fille


La voici donc qui se retrouve au château de Clairac (dans le département du Tarn), demeure appartenant à la famille de l’épousée, où la vie mondaine lui apparaît dans toute sa splendeur. Pendant le repas, on lui fait compliment sur son esprit, ce qui est loin de la laisser indifférente. Puis, vient le moment où les convives sont invités à danser. Bien que refusant de prendre part à la moindre danse, elle ne peut s’empêcher d’admirer ce spectacle où les belles toilettes des dames contribuent à rehausser leur apparence. Au soir de cette journée mémorable, Mme de Pomairols félicite Emilie d’avoir été sage. Elle ne discerne pas encore les effets produits par cette noce sur sa petite-fille, laquelle n’a pas été insensible à ces chants de "sirène". Chez Emilie, cela se traduit par une nouvelle façon de s’apprêter. Elle est devenue coquette, mais sans excès. Cette nouvelle attirance pour le monde va aller en s’amplifiant, quand le couple de Pomairols - Genton de Villefranche va venir passer l’été au château de Ginals. En effet, la jeune épouse du vicomte de Pomairols se plaît à recevoir ses amies qui ne manquent pas de la visiter lors de son séjour estival. De sorte qu’Emilie a l’occasion de fréquenter cette (bonne) société qu’elle apprécie de plus en plus : "J’aimais la compagnie des dames qui venaient visiter ma jeune tante. Je voulais les imiter dans leur ton de voix". Mieux, un jeune homme — M. de Lastic — est, un jour, convié au château. A son contact, Emilie sent naître en elle une certaine affection pour ce garçon. Mais cela n’ira pas plus loin, M. de Lastic n’étant resté que peu de temps à Ginals. Un autre danger la guette bientôt, ce qu’Emilie appellera les "mauvais livres". Dans le château de Ginals existe une bibliothèque appartenant à l’oncle d’Emilie. Quelques années auparavant, Mme de Pomairols avait déjà défendu à Emilie d’y toucher, de crainte qu’elle ne tombe sur quelque ouvrage un tantinet scabreux. Mais ce qui était une interdiction formelle pour une enfant ne tarde pas à devenir, pour l’adolescente, une invitation à y regarder de plus près. De fait, Emilie ne tarde pas à faire main basse sur plusieurs livres, dont un, en particulier, risque de la détourner du droit chemin. Il s’agit de l’ouvrage intitulé "Mœurs et coutumes des pays". A priori, rien d’inquiétant dans le titre de ce livre, sauf qu’Emilie commence à pleurer dès la lecture des premiers lignes. Sans doute contient-il des descriptions d’un réalisme un peu trop poussé... En tout cas, Mme de Pomairols ne tarde pas à intervenir, arrachant des mains d’Emilie l’objet de ses alarmes. Le pire a été évité de justesse, car la suite contenait des passages assurément dangereux, du moins en regard des principes moraux de l’époque. Tandis qu’Emilie néglige de plus en plus la pratique de sa religion, Mme de Pomairols, sa grand-mère, songe à un projet qui va conduire à bien des changements. Mais, une fois encore, laissons sainte Emilie nous en parler à travers cet extrait de son autobiographie : "Ma grand’mère, qui avait eu l’attrait de la vie religieuse dans sa jeunesse, songea, lorsqu’elle fut devenue veuve et qu’elle eut établi ses enfants, à se retirer chez Mme Saint-Cyr (à Villefranche-de-Rouergue - NdlA), où vivaient, chacune en suivant sa règle, plusieurs religieuses qui avaient été forcées de quitter leur couvent à l’époque de la Révolution. Elle s’ouvrit à moi de son dessein et me proposa de la suivre. L’intérieur d’un couvent me faisait horreur ; je n’aimais ni les religieuses ni les dévotes. Je ne voulus pas accepter cette offre". La séparation étant devenue, dès lors, inévitable, Emilie s’en retourna vivre chez ses parents, au château de Druelle. Malgré la sévérité des époux de Rodat et le fait qu’ils exerçaient sur elle une surveillance des plus strictes, Emilie ne devra attendre que deux ou trois mois avant de retrouver ce "monde" qui lui est devenu familier. En effet, la voici une nouvelle fois invitée à une noce alors qu’elle séjourne chez un de ses oncles, M. de Bussy, résidant dans le vallon de Marcillac. Franchissant une étape supplémentaire, elle ne se contente plus de regarder les invités danser, participant elle-même à une ronde. Il n’y a là, certes, rien de répréhensible. A seize ans, Emilie s’est juste un peu amusée, comme l’auraient fait toutes les jeunes filles de son âge. Par contre, un autre jeune homme, vu chez M. de Bussy, faillit bien provoquer quelque émoi dans son cœur. Mais, de la même manière qu’avec M. de Lastic, il n’y eut aucun début de romance, puisque ce garçon quitta très rapidement le pays. De retour au château de Druelle, Emilie tombe brusquement malade, sans qu’on puisse en connaître la cause. Dans ses mémoires, elle évoque une "maladie de langueur", soit un abattement général, tant physique que psychique. De plus, elle est régulièrement prise de vomissements. Le médecin appelé à son chevet n’y comprend absolument rien et ne lui propose, du reste, aucun traitement. Tout juste lui préconise-t-il des promenades à cheval. En fait, il compte sur le changement de saison, le printemps étant proche, pour voir son état s’améliorer. Or, il s’avéra qu’après l’hiver, Emilie recouvra effectivement la santé, sa maladie ayant disparu aussi soudainement qu’elle était apparue. Loin de songer à remercier Dieu pour ce bienfait, elle continue à s’éloigner progressivement de lui. Comme elle l’avouera elle-même : "Pendant ces dix-huit mois de tiédeur, je ne me confessai et ne fis la sainte communion que quatre ou cinq fois". Toutefois, la Providence veillait, un changement radical étant sur le point de s’opérer.
à suivre...

 

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