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La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (16/21)

Une chronique inédite de Jean-Pierre Henri Azéma, docteur en Géographie et consultant spécialiste du patrimoine industriel et des moulins, de l’histoire des rivières et de l’énergie. 

La vie des rivières. Les chaussées de moulins, patrimoine hydraulique en danger (16/21)
Roumanie. Etimie Murgu (Caras Severin), Moulin Viloanea, sur la Valea Rudariei. La chaussée en troncs d’arbres en cours de reconstruction. Le moulin à roue hydraulique horizontale est à droite. (Photo JPH Azéma mai 2015)

Inventaire des fonctions méconnues de l’ouvrage (4/6)


Une importante zone humide stockant l’eau libre dans le paysage alluvial et forestier.
Toute chaussée s’accompagne d’une retenue d’eau plus ou moins importante qui a un effet hydrographique local sur l’amont et l’aval de la rivière. En amont de chaque ouvrage il y a un lissage de la lame d’eau qui a pour conséquence une augmentation importante de la surface toujours en eau, c’est ce que l’on appelle en hydraulique le «remous». Cet effet est notamment important dans les régions sèches ou arides de notre pays et sur les rivières intermittentes. C’est ce qui assure la résilience de la vie animale et végétale et forme, au sens étymologique du terme, une véritable oasis.
La chaussée améliore la recharge des nappes alluviales et la qualité de l'eau.
L’ouvrage a des effets indirects et différés à moyen et long terme. Il permet le maintien d’une nappe alluviale latérale en connexion avec le niveau de la retenue, et une recharge rapide et efficace de celle-ci quand les terrains riverains sont de nature poreuse ou alluvionnaire. Ce qui est bénéfique pour la qualité de l’eau, filtrée en profondeur. Cet effet assure la pérennité des sources en aval de l’ouvrage, sur la longue durée. Cela permet un écoulement permanent de la rivière au cours des période sèches, en lieu et place d’un lit totalement sec… et mort. L’accroissement du nombre de chaussées renforcerait le débit d’étiage des rivières. L’exemple des barrages de castors en apporte aussi la preuve irréfutable.
Un ouvrage modérateur des variations de température de l’eau au cours de l’année.
La chaussée de moulin et principalement son remous ont des effets concrets sur la température de l’eau. Ceci est très important dans les zones arides, au climat estival chaud, ou de type méditerranéen, exposées à de longues sécheresses, où pour les rivières dont les écoulements d’étiage sont faibles, très faibles, voire intermittents. La masse d’eau retenue atténue l’effet des canicules par son inertie thermique importante. Cette dernière est fonction de la masse globale d’eau stockée et de la profondeur de celle-ci. En été, protégée par les forêts linéaires peuplant les rives, l’eau s’y réchauffe moins vite et se refroidit moins vite en hiver. Ceci est aussi valable au cours des phases diurnes et nocturnes.
Ecoulement estival de l’eau sur la chaussée
Quand en été, l’eau ne coule pas sur une chaussée, ce n’est pas que la chaussée retient toute l’eau de la rivière, c’est tout simplement qu’il n’y a plus d’eau dans la rivière ! Cette «panne» est parfois liée à des prélèvements d’eau non encadrés, non contrôlés, pour assurer l’irrigation de terres ou de cultures. En certains lieux, ce sont les pompages nécessaires à l’alimentation des réseaux d’eau potable qui en sont la cause (à suivre).
Photo : Roumanie. Etimie Murgu (Caras Severin), Moulin Viloanea, sur la Valea Rudariei. La chaussée en troncs d’arbres en cours de reconstruction. Le moulin à roue hydraulique horizontale est à droite. (Photo JPH Azéma mai 2015)
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