Découvrez le Bulletin d’Espalion en illimité Découvrir les offres

Histoire. Sainte Émilie de Rodat ou la charité faite femme (épisode II)

Histoire. Sainte Émilie de Rodat ou la charité faite femme (épisode II)
Sainte Emilie de Rodat faisant sa première communion dans la chapelle du château de Ginals.

Au château de Ginals, Mme de Pomairols et sa belle-sœur Agathe se partageaient les tâches quant à l’éducation d’Emilie. Ainsi, et contre toute attente, c’est Mme de Pomairols qui se chargea de la formation morale et religieuse d’Emilie, tandis que la Visitandine avait pour mission de lui délivrer un enseignement général. Mais toutes deux utilisèrent des méthodes similaires pour son instruction qui peuvent se résumer en une douce fermeté.

 

Une éducation rigoureuse


C’est-à-dire qu’elles n’usaient d’aucune punition, et encore moins de châtiments corporels, pour obtenir d’Emilie une parfaite obéissance. Ce qui ne les empêchait pas d’être sans concession face aux caprices d’une enfant qui pouvait se montrer boudeuse à certaines occasions. Mais laissons sainte Emilie nous conter elle-même quelques détails de son éducation, tirés de son autobiographie dictée à son confesseur, l’Abbé Pierre-Marie Fabre :
"L’une et l’autre (Mme de Pomairols et la religieuse Agathe - NdlA) veillaient sur moi alternativement, mais d’une manière si douce que je trouvais le plus grand plaisir dans cette surveillance…"
"Quand je tombais dans quelque faute, je n’étais pas grondée et encore moins punie. Je ne me souviens pas de l’avoir jamais été ; néanmoins, on ne me passait rien contre mes devoirs ; un avis, ou même un regard me faisait reconnaître mes fautes."
"Une des principales attentions de ma grand-mère était de m’inspirer, en toute occasion, la plus parfaite modestie : ainsi, que je fusse levée ou couchée, il fallait que mon corps fût réglé dans sa tenue et dans ses mouvements. Dans les jeux et les amusements, elle demandait de moi la même attention. Elle me formait à un jugement solide et à des sentiments délicats. Elle ne me passait rien contre l’honnêteté ; elle me récompensait, lorsque je faisais bien, par un air, un sourire gracieux. Ma tante (en fait, sa grand-tante - NdlA) faisait la même chose et j’étais plus contente de cela que si elles m’eussent donné une récompense."
"A tant de douceur, ma grand-mère joignait beaucoup de fermeté, lorsque la chose le demandait. Quand elle me commandait quelque chose, il me fallait le faire ; si je faisais quelque réplique, elle patientait, mais il fallait y venir. J’étais une paresseuse : elle ne me pressa point et attendit que l’âge me fît connaître le prix du travail. J’étais aussi très délicate pour la nourriture, ne pouvant me décider à manger d’un grand nombre de mets que je n’aimais pas. Elle pensa que la raison toute seule me les ferait accoutumer, ce qui arriva effectivement pour l’un et pour l’autre."
"Etant toute petite, j’avais le défaut de bouder ; j’allais me tapir dans l’embrasure d’une fenêtre ; alors, ma grand-mère me disait :"Emilie, viens près de moi". Quand je m’étais rendue à son désir, elle ajoutait :"Regarde-moi. Il te faut rire". Je faisais la revêche, mais elle persistait jusqu’à ce que je me fusse déridée et que j’eusse repris mon air ordinaire."
"Ma tante me faisait faire mes devoirs classiques et de manière à m’y faire trouver du plaisir. Si elle voulait que je lusse un livre, elle me le faisait désirer ; il en était de même pour l’étude. J’aimais à la surprendre en apprenant plus que ce qu’elle m’avait marqué. Je pris un tel goût pour l’étude et la lecture que je ne pouvais m’en rassasier."
A la lecture de ces citations, force est de constater qu’Emilie profita d’un merveilleux "apprentissage" qui lui permit, notamment, de corriger nombre de ses défauts. Il en est d’autres, cependant, qui nécessiteront de sa part une lutte presque incessante : l’amour-propre et l’orgueil. Comme elle le reconnaît elle-même dans son autobiographie : "Le moindre manque d’égards me blessait, me mettait quelquefois de mauvaise humeur. Je tenais à être respectée ; un de mes petits cousins voulut un jour m’embrasser ; je lui donnai aussitôt un soufflet. Ce fut par un prompt mouvement de la nature et sans malice que je fis cet acte, car je n’en ai jamais eue…"
Dans l’éducation inculquée par Mme de Pomairols, et dont bénéficia la petite Emilie, la religion catholique tint bien évidemment une place importante. Aussi, ne sommes-nous pas surpris d’apprendre que la jeune Emilie fut très tôt incitée par sa grand-mère à se tourner vers Dieu. Non seulement Mme de Pomairols lui apprit le "Notre Père" et "Je vous salue Marie", mais encore lui donna-t-elle des lectures propres à éveiller sa foi, comme des vies de saints. Ce travail entrepris par Mme de Pomairols ne fut pas bien difficile, car il faut reconnaître que la graine semée germa dans une terre des plus fertiles. Emilie se prit à aimer Dieu de tout son cœur, et avant même d’avoir la connaissance nécessaire lui permettant d’appréhender pleinement ce principe transcendant. Cette foi sincère se faisait jour dans nombre de ses actes. Ainsi, un soir où elle s’était endormie après le dîner et qu’on voulut la transporter jusque dans sa chambre pour la mettre au lit, elle se réveilla aussitôt pour protester qu’elle n’avait pas encore récité sa prière. Même dans ses jeux, sa piété était omniprésente. N’avait-elle pas confectionné douze poupées en chiffons auxquelles elle avait donné, à chacune d’elles, le nom d’un apôtre ? A part Mme de Pomairols et la Visitandine Agathe, une autre personne eut une influence certaine quant à l’émergence du sentiment religieux chez la petite Emilie : son arrière-grand-mère maternelle. Encore une fois, nous nous référons à l’autobiographie de sainte Emilie riche d’informations : "Mme de Selves, mère de ma grand-mère, était avec nous. Bien qu’elle fût tombée dans l’enfance, elle me rendit de grands services. Elle avait toute sa vie pratiqué les plus hautes vertus et elle en conservait la pratique, quoiqu’elle eût perdu une partie de sa raison ; je dis une partie car, pour les choses de Dieu, elle ne radotait jamais. Continuellement occupée de Dieu, elle priait sans cesse. Etant infirme, elle ne pouvait travailler, mais elle me recommandait sans cesse de le faire moi-même. Je me plaisais à lui tenir compagnie et je l’entendais réciter des prières ferventes pour toute sa famille. Elle disait souvent :"Mon Dieu, quand est-ce que je vous verrai face à face, sans craindre de vous perdre !... Vouloir ce que Dieu veut est la seule chose qui nous met en repos ", disait-elle encore bien souvent, ainsi que d’autres aspirations enflammées. Elle m’aimait beaucoup et je crois devoir à ses prières une partie des grâces que Dieu m’a faites."

 

 

La grande piété d’Emilie


Naturellement, la foi chrétienne qui habita désormais Emilie alla de pair avec une charité que la jeune enfant se plaisait à mettre en pratique. Comme elle le reconnut plus tard, donner aux pauvres était, pour elle, la plus grande des joies. Elle eut de nombreuses fois l’occasion de faire l’aumône, principalement lorsque Mme de Pomairols venait passer l’hiver dans sa maison villefranchoise, une fois la tempête révolutionnaire éloignée. S’il n’est guère possible de rappeler ici tous les actes de générosité de la petite Emilie, rappelons ici deux faits pour le moins édifiants. Le premier prit place lors de l’achat d’un couteau dont Emilie avait grand envie. Pour la satisfaire, on lui remit vingt sous qu’elle devait dépenser chez un coutelier. Mais, chemin faisant, elle se mit à réfléchir et déclara à Annou, la servante qui l’accompagnait, que si elle se contentait d’un couteau de six liards, il lui resterait dix-huit sous et demi à distribuer aux pauvres. La servante eut beau essayer de la dissuader d’acheter un couteau à si bas prix, peu digne d’une demoiselle de sa condition, Emilie n’en démordit pas et fixa son choix sur un misérable petit couteau. L’autre fait a une connotation miraculeuse que nous retrouverons dans d’autres événements ayant jalonné la vie de sainte Emilie. Toujours à Villefranche-de-Rouergue, l’enfant avait pris l’habitude de faire la tournée des pauvres et autres malades nécessiteux en compagnie d’une jeune fille peu fortunée mais d’une très haute moralité : Marie-Anne (ou Marianne) Gombert, couturière de son état. Un jour qu’Emilie avait déjà dépensé son "argent de poche" en diverses aumônes, elle alla trouver son grand-père, M. de Pomairols, qui lui remit un petit écu correspondant à la somme de trois francs. Heureuse d’avoir de nouveau de l’argent à distribuer, elle retourna immédiatement arpenter les petites rues de la cité, toujours accompagnée de Marie-Anne. Après avoir visité vingt pauvres et donné à chacun d’eux pas moins de trois sous (parfois quatre ou cinq sous), Emilie eut la surprise de constater que sa bourse n’était pas complètement vide, ne comprenant d’ailleurs pas comment elle avait pu prodiguer plus que ce que lui avait donné son grand-père. Après avoir fait le même constat, Marie-Anne exprima sa stupéfaction par un seul mot : "Providence !"
En 1798, ayant atteint l’âge de onze ans, vint le moment pour Emilie de faire sa première communion. La cérémonie eut lieu en la chapelle du château de Ginals. C’est un dominicain — le père Joseph Delbès, professeur de théologie et de philosophie — qui communia Emilie. Cet homme, pourchassé au temps de la Terreur, avait été capturé dans des bois proches de Ginals où il s’était réfugié. D’abord incarcéré à Villefranche, il fut emprisonné à Agen, puis à Bordeaux où son corps fut brisé par les souffrances infligées sur les terribles pontons. Finalement libéré en 1795, il revint dans la région combattre le schisme constitutionnel, malgré son épuisement qui ne lui permit pas de vivre au-delà de quelques années…
à suivre...

 

Recevez l'essentiel de l'actualité chaque jour par email
Réagir à cet article

L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.

Abonnez vous au Bulletin Espalion
Inscrivez vous à la newsletter
La météo locale
Histoire. Sainte Émilie de Rodat ou la charité faite femme (épisode II)