Les chroniques - 06/01/2022 - Les chroniques

Les correspondances de Jean-Paul Pelras

La lettre de Jean-Paul Pelras...
aux lectrices et lecteurs du Bulletin d’Espalion

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Nous avons commencé à publier les chroniques de Jean-Paul Pelras début 2015. Ces textes empreints de nostalgie champêtre et magnifiant l'anecdote mémorielle, ils en a publié plus de trois cents. Le 5 novembre 2020, Jean-Paul Pelras remerciait ses lecteurs et les prévenait qu'il allait se "transporter du temps des souvenir à celui des opinions", annonçant la couleur des correspondances à venir. La semaine suivante, il nous revenait avec sa première lettre, adressée à son père, "qui n'aurait pas supporté cette époque".

Sa première correspondance de 2022 est adressée aux lecteurs du Bulletin.

Madame, Monsieur,
Depuis bientôt huit ans, tout d’abord avec quelques chroniques champêtres et depuis quelques mois avec une petite bordée de correspondances, vous me retrouvez chaque semaine dans les colonnes de ce journal. La bienséance et la révérence auraient voulu que je me présente un peu. C’est ce que je fis, d’une certaine façon, en égrenant quelques souvenirs jonglés la plupart du temps du côté de l’enfance entre Aubrac et Roussillon. Un peu Lozérien, un peu Catalan, un peu Pyrénéen et depuis une dizaine d’années un peu Aveyronnais, un peu journaliste, un peu écrivain, un peu paysan, je viens donc, invité par l’ami Jean (et Lise-Marie) Bonnaterre, Xavier Palous et toute l’équipe du Bulletin, vous faire part de mes états d’âme, de mes coups de gueule, de mes suggestives suggestions, de mes intempestives admonestations qui, je le concède, glissent sur la conscience de mes interlocuteurs comme l’eau sur les plumes d’un palmipède, comme quelques inavouables mictions dans les entrailles d’un violon. Rares sont, en effet, celles et ceux qui ont l’élégance de répondre. Certains le font par l’intermédiaire de leurs conseillers, de leurs agents ou, plus rarement, directement en usant la plupart du temps d’un ton peu amène ou condescendant. Ce que je peux entendre car, à part en ce qui concerne les sieurs Capou et Depardieu, la missive en question invite rarement à la gratitude, aux compliments et aux congratulations.
Arrivent ensuite les réactions du lecteur qui parviennent jusqu’au journal, qui me sont transmises, dont je prends connaissance et auxquelles, veuillez accepter ce piètre alibi, je ne réponds que très rarement. Pourquoi ? Eh bien tout simplement car, écrivant dans plusieurs journaux et relayant bon nombre de mes publications sur les réseaux sociaux, je manque de temps. Alors, parfois, malgré le masque et le contexte vendu avec, il m’arrive d’échanger furtivement devant un commerce, à la caisse d’un supermarché ou sur un chemin de randonnée avec un lecteur ou une lectrice qui ont cru reconnaître celui qui écrit en troisième page du canard multiséculaire aveyronnais. Idem lorsque, dans les rues de Prades-d’Aubrac ou au comptoir de chez Odile et Elie, Yves Molinier, éleveur de profession, me demande entre deux cafés pris "debout" devant le zinc : "Alors, qui c’est qui va charger cette semaine ?". Idem en ce qui concerne ses frangins Roger, Marc ou Hubert et bon nombre de Pradelains qui tentent de savoir sur qui ma prose va s’abattre, sur qui la sentence hebdomadaire va retomber.
Au fil des ans, nous avons tissé des liens, nous avons fixé un rendez-vous, vous me connaissez sans jamais m’avoir rencontré, je me souviens de vous sans jamais vous avoir côtoyé. Que vous soyez séduits ou irrités par ce que j’écris, j’essaye de ne jamais être discourtois, de préserver cette portion consubstantielle de respect qui permet en quelque sorte d’alimenter le "fonds de commerce" et le prolongement du débat.
Pour votre bienveillance, votre patience parfois et votre lecture assidue, en ce premier numéro de l’an nouvellet, je tenais donc à vous remercier très sincèrement. Fier de pouvoir participer modestement à la grande aventure du Bulletin d’Espalion, je vous adresse mes meilleurs vœux. Que santé, bonheur, réussite et amitié vous accompagnent jour après jour, quoi qu’il advienne, quoi qu’il en coûte, quoi qu’il en soit, en 2022.

Jean-Paul PELRAS

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