Santé - 06/01/2022 - Santé

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Obésité : en finir avec les préjugés

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Maladie chronique évolutive, l’obésité résulte de plusieurs causes : troubles des conduites alimentaires, sédentarité, causes biologiques et génétiques, facteurs psychologiques ou encore causes environnementales. Les patients, déjà exposés à de nombreuses complications, doivent en plus affronter le regard et les préjugés de la société. Cependant des acteurs se mobilisent pour d’une part faire reculer la grossophobie et d’autre part améliorer la prise en charge.
Le Dr Vanessa Folope est endocrinologue et nutritionniste au CHU de Rouen. Pour elle, la grossophobie "correspond à l’ensemble des attitudes et des comportements hostiles envers les personnes en surpoids ou obèses et qui engendrent stigmatisations et discriminations". Tous les pans de la société sont concernés. "Les personnes souffrant d’obésité sont régulièrement confrontées à des attitudes négatives, dans leur vie sociale, professionnelle, leur cercle familial et cela commence dès l’école." Des exemples, elle n’en manque pas. "Les personnes en obésité sont victimes de moqueries, sont moins bien payées, progressent moins dans leur carrière. Elles sont dévalorisées en permanence car on les considère comme lentes, paresseuses et incapables."
L’obésité est à la fois une problématique sociétale et médicale. "Dans les sociétés occidentales, on idéalise la minceur. Sur les réseaux sociaux et dans les médias en général, les histoires de personnes qui ont réussi à perdre des kilos sont mises en avant. Et le récit est souvent le même, perdre du poids c’est une question de volonté. Autant de témoignages qui véhiculent l’idée fausse que l’on peut choisir son poids d’équilibre alors que nous ne sommes pas tous égaux face au poids."

Changer le regard des soignants

La grossophobie ne s’arrête pas aux portes de l’hôpital et/ou des cabinets médicaux. "Les interactions du tissu adipeux avec les autres organes et les mécanismes de régulation du poids sont mal compris. Résultat, le discours dominant reste centré sur le manger moins - bouger plus. Par ailleurs, les professionnels de santé sont des êtres humains et parfois les préjugés prennent le pas sur la reconnaissance médicale de l’obésité", précise le Dr Folope. C’est pourquoi depuis 2015, elle a développé une formation dédiée aux soignants au niveau de l’hôpital. "Aujourd’hui, les professionnels viennent de toutes les régions. Nous leur apprenons les bons gestes techniques pour manipuler les patients. Et j’aborde avec eux le regard qu’ils portent sur l’obésité. Dans ce cadre, ils enfilent un simulateur d’obésité, une sorte de combinaison qui mime une obésité de 200 kilos. Puis nous les mettons dans des situations du quotidien, comme prendre le bus ou essayer des chaussures dans un magasin, pour qu’ils puissent se rendre compte du regard de la société et entrevoir les difficultés quotidiennes liées à l’obésité."

En 2022, renforcer la sensibilisation des médecins

Avec le soutien de l’entreprise de santé danoise Novo Nordisk, des sessions de sensibilisation dédiées aux médecins généralistes seront organisées en 2022. "Nous souhaitons notamment les aider à maîtriser les techniques d’entretien motivationnel et leur permettre d’orienter leurs patients vers le bon parcours de soins. Eux aussi pourront essayer le simulateur d’obésité pour se rendre compte de la réalité de la personne vivant avec cette maladie complexe et dépréciative."

Encadré : Les réseaux sociaux, miroir de la grossophobie
Une étude menée pour Novo Nordisk entre le 1er juin 2020 et le 31 mai 2021 portant sur 187.000 publications sur les réseaux sociaux, forums et autres blogs confirme le phénomène de la grossophobie. Sur Twitter, de nombreuses conversations prennent des formes polémiques à tonalité négative, avec notamment des propos moqueurs, dénigrants ou stigmatisants. D’autres plateformes comme Instagram mettent en avant la minceur. "Sur les réseaux sociaux comme dans la vraie vie la perte de poids est toujours valorisée", explique le Dr Folope. "Et cela renforce le sentiment de culpabilité et de honte qui s’accompagne parfois d’un renoncement aux soins ou de retard de prise en charge chez les personnes souffrant d’obésité." Ces constats ont poussé Novo Nordisk et la Ligue contre l’Obésité à formuler des propositions pour une meilleure prise en charge et pour favoriser l’inclusion. Notamment reconnaître l’existence de la grossophobie médicale/paramédicale et la combattre par la formation.

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