Pêche - 13/06/2019 - Pêche

Pêche & Environnement

La pêche à la barre

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Dans le Bulletin d’Espalion du 7 mars dernier, je prodiguais quelques conseils stratégiques pour optimiser la réussite de votre ouverture de la pêche de la truite. Au fil des mois je vous propose d’aborder de manière progressive les différentes techniques de pêche et leurs subtilités. Nous commencerons par la plus classique et sans doute la plus ancienne, la pêche à rôder à la “barre“, une technique parfaitement adaptée aux petits ruisseaux de l’Aubrac ou d’ailleurs.
Pour pêcher les petits cours d’eau, la technique la plus rationnelle et pas la moins passionnante est la pêche traditionnelle dite “à la barre” chère aux pêcheurs de Haute-Auvergne, mais aussi couramment employée en Aveyron.
La barre est une canne longue, pouvant mesurer de 4,50m à 6,50m suivant la configuration des cours d’eau et l’aptitude de chacun à approcher les truites en passant inaperçu.
À vous donc de faire le choix de l’outil idéal en sachant qu’il existe des cannes télé-réglables, avec ou sans anneaux, dont la longueur peut être ajustée au gré des différents coups abordés.
Certaines cannes dites “pyrénéennes” peuvent avoir les deux ou trois premiers éléments de pointe à emmanchements et à fil intérieur et le talon télé-réglable constitué de deux ou trois brins coulissants l’un dans l’autre. Elles sont à mon avis un excellent compromis pour se déplacer facilement le long des rives à la végétation souvent luxuriante ; elles permettent d’éviter que le fil ne se prenne sans arrêt dans les frondaisons et également de pouvoir déposer plus aisément un appât sur un poste restreint. L’élément talon peut accessoirement servir de canne ou pour écarter la végétation.

Les qualités d’une bonne barre


La rigidité. Si vous optez pour cette technique, je ne saurais trop vous conseiller d’acquérir une canne avec une relative raideur, les cannes trop souples, préconisées pour d’autres techniques, doivent être écartées pour celle-ci.
Essayez de choisir une canne solide, quitte à ce qu’elle soit un peu plus lourde car, lors du cheminement dans des ruisseaux escarpés et au travers d’une végétation dense, elle peut être mise à rude épreuve.

Avec ou sans moulinet ?


Pour cette technique, certains pêcheurs n’utilisent pas de moulinet, le corps de ligne est alors constitué d’un fin cordonnet auquel ils aboutent un bas de ligne classique en nylon, d’une cinquantaine de centimètres ; cela s’appelle la pêche au cordon court, bien connue de nos anciens.
La longueur de la bannière se règle en enroulant le cordonnet autour de la pointe du scion et se bloque par deux demi-clés inversées (nœud de cabestan).
Cependant, l’utilisation d’un moulinet peut s’avérer très utile et permet de régler plus aisément la longueur de fil utile, selon la configuration des coups.
Celui-ci ne servant que de simple réserve de fil, il faut de préférence le choisir de petite taille et très léger.

Repaire visuel ou non ?


Lorsqu’il s’agit de faire passer la ligne au travers de la végétation, l’utilisation d’un guide-fil de type “rigoletto” ou autre est totalement superflue et peut même constituer une gêne. Les ruisseaux explorés à la barre sont la plupart du temps d’une faible profondeur facile à apprécier. Dans ce cas, la visualisation du trajet de la ligne offerte par un fil fluo bien visible en corps de ligne est parfaitement suffisante.

Le bas de ligne


Paradoxalement, bien que les truites y soient généralement moins grosses que dans les grandes rivières (elles y sont également moins méfiantes), pour pêcher en ruisseau encombré, je suggère de ne pas utiliser un bas de ligne trop fin, de manière à pouvoir extirper d’autorité une capture d’un poste encombré ; un 14/100 d’excellente qualité est tout indiqué.

Les appâts et les hameçons correspondants


La pêche à la barre offre l’opportunité d’utiliser une grande variété d’appâts selon la saison. En fonction de ceux-ci, il est pertinent d’adapter la taille et la couleur des hameçons.
Pour ma part, je préconise les choix suivants :
- Pour le ver, numéro 8 à 10, de préférence de couleur rouge.
- Pour la teigne (suivant la taille de celle-ci), n°10 à 12, de couleur nickelé ou doré.
- Pour la sauterelle (suivant l’espèce employée), n° 9 à 10 bronzé.
- Pour le porte-bois (toujours en fonction de la variété et de la taille des porte-bois), fin de fer n°13 à 15 ; à noter que vous pouvez enfiler ceux-ci ou simplement les pendre en les piquant derrière la tête.
- Pour les larves aquatiques (également suivant les espèces), n° 12 à 16 fin de fer,  bronzé.
- Pour la mouche noire, n° 12, de couleur bleu.
- Pour la mouche verte, n° 14 à 15.

Les plombs


Une gamme de plombs du n° 7 au n° 3 devrait satisfaire à tous les cas de figure. Choisissez des plombs assez mous, mais pas trop pour qu’ils ne glissent pas trop facilement sur le fil. Prenez des plombs de qualité à la fente bien centrée ; ce détail me semble important pour toutes les pêches au coup, il contribue au bon équilibre et à la bonne présentation du bas de ligne et évite les emmêlements intempestifs de celui-ci. 

La technique proprement dite


La pêche au toc à la barre est sans doute la meilleure façon de débuter dans la pêche de la truite pour en acquérir les bases fondamentales.
Aucune autre méthode ne permet comme celle-ci de comprendre le comportement des truites. Elle apprend à « lire la rivière », à assimiler le jeu subtil des courants, à savoir où peuvent se poster les poissons selon les différentes conditions.
J’ajouterai que c’est en commençant dans les petits et moyens ruisseaux, “les ruisseaux alphabets” comme les nommait Léon Foch, l’auteur du livre “Avec Dame truite”, que s’assimile au mieux les connaissances indispensables pour avoir l’espoir de devenir un pêcheur de truites de bon niveau. Toutes les autres techniques pour lesquelles vous opterez par la suite, pour le plaisir de vous diversifier, aussi sophistiquées soient-elles, découleront de cette bonne lecture de l’eau que vous aurez acquise dans la pêche assidue des petits cours d’eau.

La “lecture” des postes


La connaissance de la tenue des poissons est indispensable à la réussite de la pêche, il est donc impératif de savoir reconnaître du premier coup d’œil les bons postes de chasse.
C’est à force d’observations réfléchies et de mémorisation que l’on acquiert cette faculté, le fameux “sens de l’eau”.
La meilleure méthode pour progresser dans cet exercice est de pratiquer par élimination : vous aurez observé à maintes reprises que certains postes ne vous procurent pas de touche, inutile donc de s’obstiner à les pêcher.
Certains autres sont très souvent porteurs, ce sont ceux-ci qu’il faudra mémoriser.
Une fois que vous en aurez acquis la juste compréhension, vous constaterez que ce sont des postes types, que vous retrouverez toujours et partout, ils sont similaires dans toutes les rivières, petites ou grandes ; il faut seulement les reconsidérer à l’échelle du cours d’eau.
Les petits ruisseaux présentent l’avantage de vous en présenter toute la gamme en modèle réduit, sur une petite distance, donc, plus faciles à décrypter pour le débutant.

La tenue de la canne


Pour cette technique, la longueur de la bannière est ajustée en fonction de l’exiguïté du coup pêché et l’appât est déposé sur le coup. Il est en quelque sorte porté, et progresse par une succession de dérives souvent très courtes.
Ici, rien ne sert — comme dans la pêche en longue dérive naturelle — de contrôler le fil avec la main gauche (ou droite pour les gauchers), la canne est soutenue par les deux mains pour mieux maîtriser la conduite et la progression de la ligne.
Cette technique parfaitement adaptée aux ruisseaux se passe la plupart du temps sous la canne et consiste à déposer discrètement l’appât à l’amont immédiat d’un poste supposé occupé par une truite.
On comprend alors pourquoi il est nécessaire d’employer une canne relativement longue, c’est la longueur de la canne qui détermine la distance de pêche ; distance de sécurité nécessaire pour ne pas alerter les truites et les faire fuire du poste avant même d’entamer la prospection.
Dans le même but — passer inaperçu —, la pêche se fera donc prioritairement en remontant le cours d’eau et en se positionnant autant que possible dans le meilleur alignement par rapport à l’axe de nage des truites, qui, comme chacun sait, en phase de nutrition, se postent en nage statique, face au courant dans l’attente des proies.

La Plombée


En règle générale, la plombée doit être adaptée à la force du courant, il s’agit de trouver le bon compromis.
La ligne étant ici légèrement soutenue, la plombée n’a donc pas besoin d’être aussi précise et aussi bien répartie sur le bas de ligne que pour la pêche au toc en grande dérive.
Il faut qu’elle soit néanmoins suffisamment lourde pour remplir sa fonction principale : entraîner l’appât au fond assez rapidement sans l’entraver outre mesure.
En période d’eau froide et moyenne à forte, 2 à 4 plombs n°4 conviennent dans la plupart des cas.
En période de basses eau , un seul plomb n° 4 voire n° 6 peut suffire, placé à une dizaine de centimètres de l’hameçon.
L’appât, surtout si c’est un ver ou une teigne, doit être enfilé par une extrémité sur la tige de l’hameçon et doit dissimuler parfaitement celui-ci. Seule la pointe ainsi que l’ardillon doivent être dégagés, afin d’assurer un ferrage efficace.

La Touche


La touche se traduit par un arrêt ou un léger déplacement latéral du fil, à ce moment-là, rendez la main une petite seconde en abaissant très légèrement la canne et ferrez dans le mouvement, d’un petit coup sec mais de très faible amplitude.
Grâce à ce ferrage quasi immédiat vous éviterez qu’une truite n’engame trop profondément l’appât et vous pourrez ainsi la décrocher sans dommage pour la remettre à l’eau sans compromettre ses chances de survie.

Les petits conseils


Progressez doucement et discrètement en essayant de vous confondre avec l’arrière-plan.
Avant de pêcher un coup, d’un rapide coup d’œil, appréhendez votre environnement immédiat, pour trouver la position la plus favorable qui vous permettra de placer votre appât dans les meilleures conditions.
Évaluez en même temps votre marge par rapport à la végétation pour manœuvrer une éventuelle capture.
Si ça ne mord pas, avant de renoncer, essayez de changer d’appât, on ne sait jamais, les truites se montrent parfois très sélectives ...

Les erreurs à éviter


Veillez à ne pas avoir le soleil dans le dos afin d’éviter les ombres portées ; ne faites pas de mouvements intempestifs avec la canne pour ne pas alerter les poissons en place. Pour la même raison, ne vous placez pas dans une position surélevée qui mettrait en évidence votre silhouette.
Bonne pêche !
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