Pêche - 18/07/2019 - Pêche

Pêche & environnement

Influence de la thermographie des cours d’eau : la truite fario

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La truite affectionne les eaux froides bien oxygénées.

En juillet et août, sauf exceptions, la température des cours d’eau s’élève et, en matière de température de l’eau, les différentes espèces de poissons n’ont pas les mêmes exigences. Avec l’accentuation du dérèglement climatique qui tend vers un réchauffement global, certaines espèces comme la truite fario peuvent être particulièrement menacées.
Depuis 2002, afin de tirer des conclusions précises sur l’influence de la température pour la répartition et la densité des populations de poissons, et en particulier de la truite fario, l’équipe technique de la fédération de pêche et de protection du milieu aquatique du département de l’Aveyron, composée de trois hydrobiologistes, suit attentivement les courbes de températures de nos rivières.
Ce suivi se déroule annuellement durant la période critique estivale, soit du 1 er juin au 30 août, période généralement la plus chaude.
Une autre période d’évaluation des températures peut aussi avoir lieu de fin novembre à avril, période des phases de reproduction de la truite, ce afin de déterminer les dates d’éclosion (au terme de 420 par jour) et d’émergence des alevins (au terme de 720 à 730 par jour).
Pour réaliser ces suivis, des thermographes* sont placés en différents points des rivières, de l’amont vers l’aval, par ordre de drainage, de façon à prendre également en compte les éventuelles influences thermiques des affluents les plus importants.

L’influence de la température sur les poissons

Les poissons sont des animaux à sang froid, dits poïkilothermes, c'est-à-dire que la température de leur corps s’ajuste à la température de l’eau. Mais ce n’est pas si simple, car l’amplitude des variations supportables varie d’une espèce à l’autre. Le métabolisme de chaque espèce a un rendement optimal à une température donnée. La tanche ou le carassin, pour exemple, s’accommodent de grandes amplitudes thermiques, de 4° à 30°, ils sont dits eurythermes. La truite, par contre, est considérée comme un sténotherme d’eau froide (sténo signifiant court et therme température), c’est-à-dire que son métabolisme ne fonctionne bien que dans un créneau de température réduit, allant de 6° à 18°. C’est ce que les scientifiques nomment le préférendum thermique.
Pour la truite, c’est autour de 13° que le fonctionnement de son métabolisme est optimal.
Pour faciliter la compréhension, mais à l’opposé : ceux qui possèdent un aquarium avec des poissons exotiques savent que pour maintenir certaines espèces en vie, il est nécessaire que l’eau soit maintenue à un certain degré de température avec une résistance chauffante, ces espèces sont également des sténothermes. Mais à l’inverse, ce sont cette fois des sténothermes d’eau chaude. Toute panne prolongée de la résistance entraîne rapidement la mort des sujets.
La truite fario est une espèce qui a une forte demande en oxygène dissous (dioxygène), qui ne doit guère passer en dessous de 9mg/L. Or, le taux d’oxygène dissous est directement lié à la température et également à la pression atmosphérique. Une eau froide contient plus d’oxygène qu’une eau plus chaude. Par exemple, pour une eau à 6°, l'oxygène dissous est de 12,41mg/L et pour une eau à 20°, il est de 9,09mg/L.
Un brassage important causé par des eaux agitées augmente la dilution d’oxygène. C’est une raison pour laquelle la truite affectionne les torrents de montagne. Le processus de la photosynthèse peut faire varier quotidiennement le taux d’oxygène dissous. En effet, les plantes consomment de l’oxygène durant la nuit et en produisent durant le jour. L’habitat préférentiel de la truite, poisson à la vitesse de nage élevée, est donc logiquement situé prioritairement à l’amont des rivières, c’est la zone dite à truites ou rhitron. Sauf exception, comme la présence d’une exsurgence d’eau froide, ce qui peut être fréquent en milieu karstique comme sur les rivières du sud Aveyron.
Si la truite fario apparaît comme le symbole des eaux pures et bien oxygénées, ce ne sont pas les seuls critères qui conditionnent sa présence. Elle peut en effet supporter des eaux relativement chargées organiquement si celles-ci restent suffisamment froides et oxygénées. A contrario, dans une eau qui serait très pure, mais qui s’élèverait à 25°, elle ne pourra survivre puisque le seuil létal pour cette espèce serait alors dépassé. A 25°, le taux d’oxygène dissous n’est plus que de 8,26 mg/L. La température est donc un des facteurs limitant majeur pour la répartition de l’espèce fario.
Ce sont les jeunes alevins qui, contraints pour la plupart de rester sur les zones de bordures peu profondes, sont les plus sensibles à une élévation excessive de la température. Les observations scientifiques corroborées par de multiples chercheurs ont démontré que si la température de l’eau dépasse 18° durant 30 jours consécutifs, la population de truites fario diminue de façon très significative. Nous ne sommes plus alors dans une typologie réellement salmonicole.
Par exemple, les données recueillies sur le Tarn au cours des périodes d’été 2002 et 2003 nous ont révélé clairement que ce créneau de tolérance a été largement atteint à l’aval de la ville de Millau. Autrement dit, quelques petits degrés de hausse, bien que peu perceptibles par nous humains, entraînent inéluctablement une modification dans la répartition de certains organismes vivants, c’est le cas entre autres pour la truite fario. La véritable zone biologique d’occupation optimale pour l’espèce truite est repoussée là où la température est la plus favorable à ses exigences métaboliques.

L’influence du réchauffement climatique

Bien qu’il soit difficile de s’y résoudre, 1 ou 2 degrés supplémentaires en moyenne ont suffi pour que plusieurs rivières ou zones de rivières n’offrent plus en l’état actuel une thermie favorable à une présence équilibrée de la truite comme ce fut le cas dans un passé pas si lointain.

L’influence de certains barrages

Si les grands barrages induisent localement des effets abiotiques (modification des débits, de la chimie des eaux, du transport des sédiments, de la thermie) et biotiques (mutation de certains organismes aquatiques), souvent très perturbants, ils peuvent, dans le cas d’un débit de restitution largué directement par le fond, avoir un impact positif sur la température des eaux. En effet, un débit réservé et alimenté par des eaux de fond très froides va réguler la température de la rivière en aval, la rendant relativement favorable à la présence de la truite.
C’est entre autres le cas des barrages de Couesques et de Cambeyrac sur la Truyère qui lors des marnages quotidiens relarguent des eaux de fond froides, qui font qu’une population de truites parvient à se maintenir sur le Lot, sur quelques kilomètres en aval d’Entraygues, soit jusqu’aux alentours de Vieillevie. S’y maintient également une petite population d’ombre commune, lequel a toutefois une exigence moindre vis-à-vis de la température de l’eau.

L’influence négative des plans d’eau

De simples plans d’eau même de surface limitée, situés sur un cours d’eau à truites, peuvent avoir une influence néfaste sur la température de l’eau et hypothéquer la présence de l’espèce. C’est entre autres le cas sur l’Argence vive à Sainte-Geneviève-sur-Argence où les deux plans d’eau qui se succèdent à l’entrée et dans la ville contribuent à une élévation de la température de la rivière. C’est ce que l’on peut constater au regard des graphiques des relevés thermiques effectués en juin 2016.
Le thermographe placé au Moulin Verdier en amont des plans d’eau fait apparaître des données thermiques tout à fait compatibles avec la présence de la truite fario, tandis que celui placé au Moulin Baguet à l’aval immédiat des deux plans d’eau affiche des températures limitantes pour une présence équilibrée de l’espèce dont la densité baisse significativement sur le parcours situé à l’aval immédiat.

Les graphiques

Les résultats : Pour chaque jour, nous obtenons les écarts entre le jour et la nuit (traits verticaux en rouge), le centre du trait représente la moyenne des 24h, la courbe reliant chaque point central est significative des fluctuations mensuelles et trimestrielles.
Elle met en évidence que, sur certaine zones, la thermie reste favorable à un développement normal d’une population de truites, tandis que sur d’autres elle est malheureusement largement dépassée et ne permet plus une présence équilibrée de l’espèce qui peut alors se raréfier, voire disparaître.
Les conclusions : Si les grands phénomènes climatiques ne sont pas maîtrisables ou sont peut-être du ressort de la politique environnementale internationale, une gestion locale intelligente des aménagements et de la végétation des rives peut favoriser des zones couvertes susceptibles de maintenir une température tolérable.
Celle-ci permettrait un taux de survie et d’occupation un peu plus fort, particulièrement pour le stade juvénile et, par voie de conséquence, pour les adultes de cette espèce repère qu’est la truite fario sauvage.

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